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13 mars – Plaidoirie de Me EPSTEIN pour la défense

Me EPSTEIN ouvre sa plaidoirie avec éloquence, s’adressant à la Cour en une introduction forte et claire :
« Pendant 6 semaines, vous avez essayé d’attraper le regard insaisissable de Pascal SIMBIKANGWA … pendant 6 semaines vous avez dû rester attentifs … cela sera difficile de juger en France un étranger pour des faits commis à l’étranger… la peine perpétuelle a été demandée par l’avocat général, moi, je vais vous demander de l’acquitter ».

Mais très vite, l’avocat, qui dénonce « un procès en sorcellerie fait à la défense », laquelle aurait été «accusée de négationnisme», ne peut s’empêcher de reprendre les antiennes de son client : « … alors qu’on sait pertinemment que c’est le FPR qui a abattu l’avion d’Habyarimana ».
A ce jour, nombreux sont ceux qui aimeraient avoir une idée aussi claire que lui sur ce sujet, à commencer, en France, par les familles des pilotes de l’avion.

La plaidoirie se poursuit sur une critique de « la dictature intellectuelle » qui aurait régné dans le Tribunal, comme une ombre portée de la « dictature de Kigali » à Paris.
Dans ces conditions, on se demande comment le procès aurait pu gagner à être délocalisé au Rwanda, comme il l’a pourtant réclamé la semaine dernière.

Me EPSTEIN, déplore que le procès n’ait permis ni débat ni controverse, que « tout ce qui se rapporte de près ou de loin à l’accusation est sacré ».

Imprégné de conspirationnisme, il accuse les experts de contexte de faire tous partie de la même équipe, celle de l’EHESS…
Pourtant, ni Philippe REYNTJENS, ni André GUICHAOUA, ni Jacques SEMELIN, ni tant d’autres encore ne font partie de cette vénérable institution.
Sur 15 témoins de contexte, seuls 3 d’entre eux en sont issus : un peu maigre pour constituer une équipe.

Puis il explique combien SIMBIKANGWA constitue un coupable idéal, « un vrai méchant, un homme de l’ombre … qui permettra à la cour d’assises de dire que c’est à Paris qu’a été condamné le premier responsable de génocide ».

Tentant de démontrer que son client n’était pas un dignitaire puissant, il égrène cependant malgré lui les indices qui prouvent le contraire : on a vu des ministres chez lui, il a été hospitalisé en Belgique, il a bénéficié d’avantages acquis (dont la voiture adaptée à son handicap)… mais rien de tout cela ne permettrait d’en déduire qu’il serait proche d’HABYARIMANA.

De même, alors que seuls les experts André GUICHAOUA et Filip REYNTJENS (qui ne font pas partie de l’EHESS ndlr) trouvent grâce à ses yeux, il se « tire une balle dans le pied », en prétendant que REYNTJENS aurait établi sa liste de membres d’escadrons de la mort sur la seule foi du témoignage d’Afrika JANVIER, menteur avéré. Etrange, quand on sait que le professeur belge a amplement démontré la rigueur méthodologique avec laquelle il a travaillé, s’appuyant bien entendu sur de nombreux témoignages concordants et fiables avant de dresser cette fameuse liste sur laquelle l’accusé figure en bonne place.

Menteur Georges RUGGIU, menteuse, Valérie BEMERIKI, … menteuses aussi, les traductions d’UMURAVA magazine ?

« On n’a que les traductions non contradictoires, qui ont été lues pendant une plaidoirie pour vous faire peur », dit-il aux jurés, omettant de mentionner que ces pièces avaient été versées au dossier en toute régularité et que son client avait tout loisir d’en contester la traduction s’il le souhaitait, puisque, ne l’oublions pas, M. SIMBIKANGWA est rwandais et parle donc couramment le Kinyarwanda…

Mais manifestement, on ne doit rien attendre des « sbires de Jean Pierre CHRETIEN », si ce n’est des mensonges.

Tous menteurs, tous manipulés : on se croirait dans un livre de Pierre PEAN.

Ce n’est qu’à l’issue d’une heure de plaidoirie que Me EPSTEIN se décide enfin à parler de son client :
« plutôt que de chercher à le connaître, on l’a déshumanisé … on a réussi l’exploit d’enlever sa dignité à un dignitaire ».
Lapsus ?
Pour quelqu’un qui s’est évertué à démontrer que son client n’était qu’un petit fonctionnaire, c’est plutôt mal venu.

Passons sur les projections personnelles de l’avocat, qui ne regardent que lui et son histoire familiale, pour aborder la question du « plan concerté ».
Me FOREMAN avait pourtant bien expliqué, lors de sa plaidoirie, qu’un « plan concerté » se déduit des faits eux-mêmes, comme l’a retenu le Parlement quand il a « toiletté » les lois sur le crime contre l’humanité en 2010, et qu’il n’y a nul besoin de retrouver les décrets ou documents exprimant l’intention génocidaire pour pouvoir le constater : il y a plan concerté quand les crimes ne sont pas isolés mais s’inscrivent dans le cadre d’un massacre systématisé.

Mais Me EPSTEIN veut dénoncer un procès d’exception, un procès stalinien :

« Dans ce dossier, ce qu’on a fait, c’est du para légal … vous ne ferez pas de SIMBIKANGWA un militaire, vous n’en ferez pas un dignitaire … c’est du ravaudage, du rapiéçage, du racolage ».

Il en appelle au doute raisonnable des jurés, à leur capacité à se rebeller, à refuser ce que l’Etat français voudrait les contraindre, par intérêt diplomatique, à voter, et que d’autres jurés seront selon lui contraints de voter lors des procès à venir, dénonçant une mafia au service de Kigali :
« C’est la même équipe, c’est le même pôle génocide, ce sont les mêmes parties civiles… l’actionnaire, c’est l’Etat français… et quand on est actionnaire majoritaire d’une société, il faut un retour sur investissement, il faut que le cours de l’action fluctue au plus haut… on vous demande une décision exemplaire, un arrêt qui soit une première pierre à la traque de génocidaires ».

Puis, enflammé par sa croisade « libertaire », il conclut :
« Ne vous laissez pas influencer par les magistrats professionnels … je vous demande de désobéir… dites NON ! »

Stéphanie Monsénégo

13 mars – Plaidoirie de Me BOURGEOT pour la défense

C’est à Maître Alexandra BOURGEOT qu’il revient la charge d’ouvrir la journée de plaidoiries de la défense.

Décrivant un « procès hors normes », elle admet le trouver si lourd qu’elle « n’arrive toujours pas à dire que c’est un procès de génocide ».
Pourtant, malgré la peine de perpétuité requise contre son client et la solennité qui sied à la « lourdeur » des enjeux,  elle ne se départira pas de l’ironie et la désinvolture qui ont fini par faire sa marque de fabrique tout au long de ces six semaines de procès.

Me BOURGEOT indique avoir « hérité » du dossier en 2011 avec Me EPSTEIN et avoue qu’à l’époque, elle et son confrère, commis d’office, ont eu droit, de la part de Pascal SIMBIKANGWA, «  à la litanie du FPR, des faux témoins et d’IBUKA », suscitant une certaine ironie de leur part vis à vis de leur client.
Et puis elle a fini par avoir « un déclic » lorsqu’ils ont été confrontés au témoins et qu’elle a lu l’ouvrage de Thierry CRUVELLIER (« le Tribunal des vaincus ndlr), un livre à charge contre le TPIR d’Arusha, dont les deux avocats nous ont d’ailleurs abondamment fait lecture durant les audiences.

Dès lors, Me BOURGEOT va alors asseoir sa démonstration sur une mise en cause de la légitimité même de ce procès, « une brillante construction de la procureure » (Aurélia DEVOS ndlr), qui ne serait toutefois « qu’un château de cartes ».

Première pierre de l’édifice,  le mandat d’arrêt, « bancale, vide, …rédigé à la hâte par Kigali quand on apprend que Pascal SIMBIKANGWA est à Mayotte ».
Pascal SIMBIKANGWA aurait été arrêté « sous un prétexte de faux papiers » uniquement pour pouvoir l’inculper de crimes contre l’humanité, ce qui serait « indigne de la justice française ».
Pourtant P. SIMBIKANGWA a bel et bien été l’auteur d’un trafic de faux papiers, pour lequel il a purgé une peine de 4 ans de prison, ce n’est donc pas un faux prétexte, et en outre, l’acte d’accusation -en réalité une demande d’extradition de Kigali datée de mai 2008- est antérieur à l’arrestation de Pascal SIMBIKANGWA, le 28 octobre 2008.
Pas de rédaction « à la hâte » donc, mais en revanche de petits arrangements avec la vérité de la part de la défense qui affaiblissent d’emblée sa posture de pourfendeuse du mensonge.

Puis Me BOURGEOT va passer en revue chaque témoin pour démonter la crédibilité de l’accusation,  le tout sur un ton primesautier, émaillé de bons mots : sur les produits du pillage que l’un d’entre eux a vu chez SIMBIKANGWA : « tout cet électroménager … c’est Darty chez SIMBIKANGWA », sur le tri à opérer dans les déclarations des témoins « le juste tri … c’est le titre d’une émission de télévision », sur les confusions de prénoms « comme dans un film (le diner de cons ndlr) , c’est Juste son nom ? »… tout cela serait presque « rigolo », selon ses propres termes, si l’on parlait d’un vol de scooter.

Les témoins, donc  « mentent comme des arracheurs de dents » et ne savent pas se repérer sur un plan.
Un simple effort de visualisation des croquis malhabilement dessinés par certains d’entre eux (ici) permet de comprendre qu’au contraire, leur capacité de repérage spatial était tout à fait exacte.

Me BOURGEOT explique que les témoins sont incités à produire de fausses déclarations à cause du régime de Kigali, « qui n’accepte pas les acquittements ».
Et quand bien même leur situation géographique et judiciaire leur permettrait d’échapper à ces pressions, ils mentent quand même : « il n’y a pas que la manipulation ou la pression politique, il y a aussi, chez beaucoup de témoins, la conviction que Pascal SIMBIKANGWA est coupable … alors, qu’importe un petit mensonge si ça peut aider à le faire condamner ».

Evoquant le témoignage de Valérie BEMERIKI, selon laquelle Pascal SIMBIKANGWA se trouvait à la barrière de Nyamirambo le 17 avril après la chute d’une bombe sur l’immeuble de la RTLM, elle se gausse : « comment papoter dans la rue alors qu’il y a des bombardements ? ».
Une simple carte de Kigali permet pourtant de comprendre que la RTLM n’était pas située à Nyamirambo et quelques recherches de plus lui auraient permis de faire la distinction entre les attaques du FPR à Kigali et le blitz de Londres en 1940/41.
Elle aurait pu aussi lire le témoignage de P. GAILLARD, du CICR, qui rend très bien compte de la situation à Kigali en avril 1994.

Bien sûr qu’on pouvait « papoter » dans la rue, on pouvait aussi y « travailler », et les Interahamwes en ont malheureusement fait la preuve…

La plaidoirie a donc été consacrée à démonter les témoignages un par un : tous sont passés au crible, tous sont laminés pour non-concordance dans leurs déclarations.

Pour des témoins supposés avoir été préparés par IBUKA ou créés de toutes pièces par le FPR, ce n’est effectivement pas très pro…

Me BOURGEOT ne requiert rien pour son client, elle n’en a d’ailleurs presque pas parlé, se contentant de clore sa plaidoirie comme elle l’a commencée, sur un château de cartes.

Stéphanie Monsénégo

11 mars – plaidoiries des avocats du CPCR

Un procès dû à l’infatigable constance du CPCR

L’audience s’ouvre sur la plaidoirie de Me PHILLIPART rendant hommage au CPCR, dont elle « a l’honneur de porter la voix » et à Dafroza et Alain GAUTHIER, sans lesquels ce procès n’aurait pas eu lieu, eux qui, tout au long de ces vingt dernières années ne se sont jamais découragés, menant un travail titanesque de collecte de témoignages face à une justice française débordée (avant que le pôle génocide ne soit créé, les plaintes pour crimes contre l’humanité étaient suivies par des magistrats instructeurs en charge de dossiers de droit commun), mais aussi une justice entravée plusieurs années durant par la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda.

Les témoins sont crédibles

Tout au long de ce procès est revenue la question lancinante de la crédibilité des témoignages, « matière première de la preuve », alimentée par l’acharnement de la défense à faire passer les témoins pour des menteurs.
Une tactique systématiquement employée par les accusés de génocide, lors des procès de Bruxelles comme de ceux du TPIR.
A Paris, nous avons eu droit, comme un disque rayé, à l’opprobre jetée sur l’association IBUKA, soupçonnée d’avoir soudoyé ou préparé les témoins.
Me PHILLIPART rappelle qu’au Rwanda, IBUKA -« Souviens-toi »- est une ONG de rescapés assistée par l’Etat, chargée de célébrer les commémorations du génocide et d’apporter une assistance psychologique aux rescapés.
La moindre des choses dans un pays ou le lien social est aussi profondément et violement déchiré, où rescapés et anciens bourreaux sont contraints de se côtoyer chaque jour, à la ville comme aux champs.
Critique-t-on, en France, les cellules d’assistance psychologique mises en place après un attentat ou un accident de train ?

Et un génocide, ce n’est, comme l’avait dit Dafroza GAUTHIER la semaine dernière, ni un tremblement de terre, ni même un tsunami.

Or les témoins à décharge sont venus librement, ils ont même pu, pour quelques uns d’entre eux, remercier Pascal SIMBIKANGWA.
Certains étaient Hutu, d’autres Tutsi. Ceux qui ont le plus manifesté leur crainte de parler venaient du fameux « terroir présidentiel », où plane encore l’ombre de l’ancien régime. On les a obligés à se remémorer des moments qu’ils s’efforcent depuis vingt ans d’oublier pour  pouvoir survivre.
Si, comme l’expliquait la chercheuse Hélène DUMAS, les témoins du génocide ont généralement beaucoup de mal à se repérer dans le temps, la mémoire spatiale elle, reste encore vive malgré les violences subies. Ici encore, ce fut le cas, et les témoins, bien que parfois imprécis dans les dates, ne l’étaient plus du tout lorsqu’il s’est agi de décrire les lieux des crimes.

Pascal SIMBIKANGWA : relais du génocide dans son quartier de Kiyovu-les riches

Les lieux du crime, c’est d’abord le quartier de Kyiovu.
« Aujourd’hui, c’est Beverly Hills », et l’opulence de ce quartier contraste avec l’image d’obscur fonctionnaire que Pascal SIMBIKANGWA voudrait donner de lui. C’est le quartier où les massacres ont commencé, là où les gardes présidentiels ont fouillé les maisons, à la recherche de Tutsis, dès le 7 avril au matin.

C’est le quartier où Pascal SIMBIKANGWA, membre de l’AKAZU et des escadrons de la mort, ancien commando et garde du corps de son cousin le Président Habyarimana, « supporter » du parti extrémiste MRND avait son logement de fonction, entretenant la confusion sur son statut de militaire versé dans le civil, exerçant son autorité sur les militaires et les Interahamwes postés aux barrières.

Des sauvetages rares et ciblés

Pascal SIMBIKANGWA n’a pas sauvé une cinquantaine de Tutsi comme il aimerait nous le faire croire : tout au plus Martin HIGIRO, qui s’est échappé dès qu’il a pu (dès que l’accusé a eu le dos tourné), la famille GAHAMANYI, dont le père bien que Tutsi, était un haut fonctionnaire du régime, responsable local du MRND qui se réfugie le 8 avril à la Préfecture, haut lieu de l’organisation du génocide… et Isaïe, le « zamu », le gardien, « le Tutsi de Pascal SIMBIKANGWA », sa chose…
Pour Me PHILLIPART, ces actes de sauvetage ne peuvent absoudre Pascal SIMBIKANGWA de ses crimes, lui, qui prétend n’avoir pas vu de cadavres pendant le génocide : « Si, dans l’histoire de Pascal SIMBIKANGWA il n’y a pas eu de morts, dans celle du CPCR et de toutes les victimes, il y en a eu beaucoup ».
Au moins huit cent mille.

Le soutien symbolique de représentants des victimes de la Shoah

Lorsque Me FOREMAN prend à son tour la parole, c’est pour saluer la présence dans la salle de plusieurs représentants d’associations de déportés des camps de concentration nazis. Des hommes et des femmes qui se sont, non sans mal pour certains, déplacés pour témoigner de leur solidarité avec d’autres humains, d’autres victimes, celles d’un autre génocide, marquant ainsi l’universalité de ce crime imprescriptible, extraordinaire, qui par sa nature même concerne l’humanité toute entière.

A quoi sert un procès ?

Un procès est une théâtralisation, un processus visant à rejouer le crime dans la salle d’audiences, en réunissant ses protagonistes, en exerçant une catharsis grâce à laquelle le juge et les jurés remettent à l’endroit l’ordre social bouleversé par le crime.

Comment se livrer ici à pareil exercice ? Comment mettre en scène le génocide, ce crime des crimes, incommensurable- impossible à mesurer- impossible à faire tenir dans un récit ?

C’est par un récit, celui de sa visite au mémorial de Murambi que l’avocat va redonner vie à quelques unes des centaines de milliers de victimes anonymes.
A Murambi comme dans bien des villages, les autorités locales avaient enjoint les Tutsi à se réfugier dans l’école construite au sommet de la colline. Plusieurs milliers de victimes y furent massacrées. Ce mémorial figure parmi les plus anciens du Rwanda. Il témoigne de la volonté de ses créateurs, dès 1996, de lutter contre le négationnisme.
Et pour cela, une seule solution : montrer les morts.
Ils sont là, ces corps que Pascal SIMBIKANGWA refuse de voir, allongés sur des tables, conservés dans la chaux, figés dans la position qu’ils avaient au moment de leur assassinat.

Le génocide est trop grand pour tenir dans une salle d’audience, mais, s’il est impossible de le résumer à des arguments rationnels, on peut, comme l’a expliqué le chercheur Jacques SEMELIN, rendre compte de ses mécanismes, en analyser les processus et les responsabilités : cet effort de ré-individualisation des responsabilités fait pendant à la ré-individualisation des victimes anonymes à laquelle se livrent les rescapés et familles de disparus.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce procès, qui n’est pas celui du génocide mais celui de Pascal SIMBIKANGWA.

Une stratégie de défense vouée à l’échec

Pascal SIMBIKANGWA a usé de tous les ressorts classiques de la défense des génocidaires, épuisant de fait son potentiel de crédibilité. On retrouve ainsi :

–       l’accusation en miroir, avec la théorie du double génocide, qui s’inscrit dans la logique génocidaire, pour laquelle le génocide va de pair avec sa négation concomitante (« il n’y a pas de génocide sans négation du génocide », comme l’a expliqué l’historien Stéphane Audoin Rouzeau)

–       la critique des témoignages et les accusations de mensonge des témoins, qui renvoient en miroir aux mensonges de l’accusé. Comme l’explique Me FOREMAN,
« C’est le devoir  de Pascal SIMBIKANGWA de mentir… même sur des choses insignifiantes… il ne peut pas participer à ce procès de plain pied, il ne peut pas donner sa part de vérité, celle qui permettrait de reconstruire… ».
Pascal SIMBIKANGWA ne fait jamais appel à sa mémoire, il ne puise que dans le dossier d’instruction.

« Je n’ai pas vu un seul mort » : un mensonge central

En octobre 1943, HIMMLER expliquait aux cadres SS, dans son discours de Poznan :
«La plupart d’entre vous savent ce que cela signifie quand 100 cadavres sont alignés les uns à côté des autres, quand il en a 500 ou quand il y en a 1000. Avoir tenu bon face à cela – abstraction faite de faiblesses humaines exceptionnelles – et être resté correct pendant ce temps-là, cela nous a rendus durs. C’est une page glorieuse de notre histoire, une page qui n’a jamais été écrite et qu’il ne faudra jamais écrire.»

Pascal SIBIKANGWA est un dur.
Quand il dit, « je n’ai pas vu un seul mort », cela veut dire « je n’ai pas eu un seul regard pour ces morts », pas plus qu’il n’a eu, drapé dans son mépris cynique, un regard pour Isaïe, le gardien qui l’aimait, le gardien qui venait pourtant lui donner une parcelle d’humanité.

Pascal SIMBIKANGWA avait les moyens et la liberté d’agir

Il n’a pas reçu d’instructions formelles, il a, de lui même, usé de sa capacité de projection pour sillonner les routes rwandaises pendant ces 100 jours où le pays était à feu et à sang.
Il a traversé le génocide. Il l’a fait de son plein gré et sa responsabilité en est d’autant plus grande.

Un « entrepreneur identitaire »

Comme l’a expliqué J. SEMELIN, tous les discours incendiaires ne mettent pas le feu, mais certains y parviennent. Avec son livre, la Guerre d’octobre, qui véhicule l’équivalent anti-tutsi du protocole des sages de Sion, avec les journaux KANGURA puis UMURAVA, qu’il  a créés, distillant la haine pour les femmes Tutsi, avec la radio des Mille Collines, qu‘il a financée et « stimulée », Pascal SIMBIKANGWA a incarné la figure de l’ « entrepreneur identitaire », qui catalyse les angoisses de populations déboussolées par la crise économique et la guerre.

« Il réclame la médaille des Justes ? A vous de répondre à ce cynisme insupportable,
Au nom de la communauté internationale, on l’a dit, au nom du peuple français, de Rousseau et de Chateaubriand, qu’il dit admirer, à vous de dire à cet homme s’il s’est bien comporté, ou s’il a failli à la loi des hommes. »

Stéphanie Monsénégo

6 mars – Relocaliser une justice internationale ?

Après avoir tenté, en vain, de faire annuler le procès au premier jour d’ouverture des audiences, les avocats de la défense tentent, à mois de 48h de la fin de l’audition des témoins, d’obtenir un transport de la cour… à Kigali !

Un peu paradoxal de la part de la défense de vouloir que s’opère la manifestation de la vérité dans un pays dans laquelle elle prétend que la justice est « manipulée ».

Me EPSTEIN plaide sa demande de déplacement sur les lieux au motif de
« vérifier les faits de manière claire … pour constater les discordances entre le témoignages qui ont été donnés et ce qui peut être constaté de visu… Où étaient situées les barrières, par exemple ? »

Une question difficile, vingt ans après. Même le centre de recherches du mémorial de Kigali n’a pas encore pu recenser l’ensemble des barrières érigées dans la capitale.
Mis à part les très grands barrages, installés en permanence aux carrefours stratégiques de la ville,  les autres barrières étaient en effet mouvantes, fluctuantes dans l’espace et dans le temps.

En outre, comme le fait remarquer Me PHILLIPART pour le CPCR,
« contrairement à ce que dit la défense, les témoins ont réussi à se localiser, ils ont réussi à se positionner la maison de Z, la maison de SIMBIKANGWA… même Diogène a reconnu l’emplacement de la maison… »

Derrière cette demande, qualifiée de manœuvre dilatoire par les avocats des parties civiles, se préparent tout simplement les plaidoiries de la défense de la semaine prochaine, et leur thème récurrent, le soupçon sur la sincérité des témoignages.

La cour, après en voir délibéré a décidé de ne pas accéder à cette demande.

Stéphanie Monsénégo

6 mars PM : Progestetate PONZAGA : l’Interahamwe qui ne savait rien

« Je suis sans emploi, je suis prisonnier »
Condamné à perpétuité en gacaca en première instance, peine confirmée en appel, puis commuée en 30 ans de détention après révision de son procès, le témoin apparaît sur les écrans de visio-conférence, en tenue rose « réglementaire ».

Il commence sa déclaration spontanée.
Se déverse alors des hauts-parleurs un flot de paroles en Kyniarwanda, sans la moindre pause et au débit si rapide que l’interprète est obligé de lui couper la parole.
Le témoin demande à faire une déclaration préalable.

« Lorsque nous venons donner notre témoignage, nous n’aimons pas que nos identité soient révélées. On a entendu à la radio que Valérie BEMERIKI était venue témoigner…  j’ai déjà témoigné dans un procès et, quand ma famille m’a vu à la télévision, elle a été perturbée.Si vous me donnez la garantie que mon nom ne sera pas révélé, je pourrais vous dire ce que je sais sur SIMBIKANGWA.»

Le Président lui explique que la cour d’assises n’a aucun moyen pour intervenir, qu’il parle ici en public, face à Pascal SIMBIKANGWA… Imperturbable, le témoin reprend :
« Dernièrement, on m’a montré des documents d’Arusha (TPIR ndlr) indiquant que là bas, Arusha, les témoins touchaient des indemnités… »

Le président lui explique, une légère lassitude, dans le ton (l’échange dure déjà depuis plus de 15 minutes) :

« Monsieur l’interprète, veuillez lui indiquer qu’il n’y a pas d’anonymat aux assises en France ni d’indemnités de déplacement pour les témoins en visio-conférence.»

La déclaration spontanée ne nous apprend rien, mis à part peut-être que Pascal SIMBIKANGWA portait un médaillon à l’effigie du président HABYARIMANA, et que sa voiture adaptée aux handicapés lui avait été donnée par la Présidence (alors que l’accusé prétend l’avoir achetée avec les indemnités de l’assurance).

Lorsque le Président l’interroge sur les relations de l’accusé avec des Interahamwes, le témoin en appelle à dieu :
« Je suis chrétien, je ne vais pas dire des mensonges … je n’ai jamais vu Pascal SIMBIKANGWA distribuer des armes. Il n’était plus militaire depuis son accident. »

Pourtant, le témoin avait déclaré aux enquêteurs, en 2012 qu’il avait vu plusieurs fois SIMBIKANGWA en compagnie d’Interahamwes dans des cabarets. Mais aujourd’hui, il ignore tout, il « s’occupe de ses propres affaires ».

Progestetate PONZAGA finit par concéder que deux de ses amis s’étaient vantés d’avoir reçu un fusil UZI des mains de Pascal SIMBIKANGWA, deux ou trois jours après la chute de l’avion, mais son unique obsession aujourd’hui, ce sont les répercussions possibles de son intervention dans le procès SIMBIKANGWA :

« J’ai donné un témoignage sur une personne qui réside en Norvège et n’a pas encore été arrêtée. Un membre de sa famille, un militaire, s’en est pris à ma famille. »

Un témoignage qui aura au moins une vertu, celle de confirmer que les menaces de représailles pèsent sur ceux qui dénoncent des génocidaires et non l’inverse, comme la défense souhaiterait le faire croire.

Stéphanie Monsénégo

6 mars matin : Joël GASARASI : « SIMBIKANGWA avait le droit de vie et de mort » – la défense cite un témoin dans l’espoir de le décrédibiliser

Gardien d’une maison dans le quartier de Kyiovu, Joël GASARASI s’est trouvé projeté dans le génocide et contraint, bien que Tutsi, à tenir une barrière.
Diogène, son « protecteur » et voisin lui avait en effet recommandé de se fondre dans la masse pour moins se faire remarquer.

« Tu seras plus protégé à la barrière que si tu te cachais » lui aurait-il dit.

Joël GASARASI reste prudent dans son témoignage.

Certes, il a vu Pascal SIMBIKANGWA venir sur sa barrière, certes, il a découvert qu’après le passage de ce dernier, l’un des gardiens était entré en possession d’une arme.
Mais il précise que, puisqu’il restait toujours un peu en retrait pour se faire discret, il ne peut affirmer avoir vu directement la remise d’arme.

Et puis, par chance, il « travaillait » sur une barrière faible, une barrière secondaire comme l’avait expliqué un autre témoin : les tueries avaient lieu non loin de là, sur la barrière « des chinois », qu’il qualifie de « Golgotha »

Joël GASARASI livre toutefois d’intéressants éléments de contexte, en particulier sur la personnalité de l’accusé et la perception que les gardiens avaient de lui :
« Fais attention, il dispose du droit de vie et de mort, il travaillait au sein de l’escadron de la mort … tu te ballades devant lui, il va te tuer. »

Curieuse tactique de la part de la défense que de citer ce témoin modéré dans ses propos, cohérent et constant.

On comprend en fait que les avocats de Pascal SIMBIKANGWA, sur demande de leur client, avaient cru trouver une pépite, qui aurait pu constituer leur botte secrète : Joël GASARASI, était surnommé MUROKORE, « le racheté » -un terme couramment employé pour désigner les « reborn christians »- un nom que portait également un Interahamwe du quartier, qui sévissait justement sur la barrière des chinois.
S’ils avaient pu faire croire que ces deux MUROKORE n’étaient qu’un seul et même homme, ils auraient peut-être réussi à décrédibiliser l’intégralité des témoignages.

Une inspiration qui rappelle étrangement les méthodes du régime HABYARIMANA, lorsqu’au moment du multipartisme, des journaux fantoches étaient créés (par SIMBIKANGWA ?) pour décrédibiliser la presse d’opposition.

Le mot de la fin revient au témoin, à qui Aurélia DEVOS, pour le Parquet, rappelle qu’au moment de sa déposition , il avait exprimé des inquiétudes :

-       Cette peur, vous l’avez toujours ?
-       La peur est finie, c’est terminé, répond-il en souriant.

Stéphanie Monsénégo

 

 

Procès Simbikangwa: 4 mars 2014 (2)

Article d’origine sur le site du CPCR 

Audition de Pascal Gahamanyi, demeurant aujourd’hui en Suède où il travaille.

Pascal Gahamanyi est le dernier membre de la famille à être entendu par la Cour d’assises: témoin important puisqu’il a passé les trois mois du génocide sous la » protection » de Pascal Simbikangwa.

Le témoin commence par reconnaître, comme son père et ses frères qui ont déjà témoigné, les rapports de bon voisinage qu’il entretenait avec le prévenu, avant le génocide.

Dès la chute de l’avion du président Habyarimana, il se terre avec les siens dans leur maison de Kiyovu, à Kigali: c’est la consigne reçue des autorités via la radio nationale. Dès le 7 avril au matin, leur demeure est attaquée par des militaires: la famille se disperse mais le témoin décide de revenir pour savoir où se trouve sa maman. Il se fait plaquer à terre, le fusil sur la tempe et ne devra son salut qu’à l’arrivée de sa mère, Hutu, qui supplie les agresseurs de ne pas tuer son fils. A peu près en même temps, Pascal Simbikangwa, alerté par son domestique, aurait crié aux assaillants de ne pas s’en prendre à cette famille. Le jeune Pascal va se rendre alors chez Simbikangwa où il reconnaît les deux gardes du corps de ce dernier: ils faisaient partie de ceux qui avaient voulu l’éliminer quelques instants plus tôt.

Va commencer alors pour le jeune Pascal ce qu’il va appeler ses trois mois « d’enfer » au contact permanent des deux gardes qui ont voulu le tuer et qui ne cesseront de le menacer jusqu’à la fin du génocide. S’organise alors la première fuite relatée par ses frères mais à cause de sa taille, et probablement « trop Tutsi », il ne fera pas partie du voyage: c’est ce qu’a décidé Pascal Simbikangwa. Ce n’est que début juillet qu’il rejoindra le Zaïre, avec l’aide de son hôte à qui il faussera compagnie à cause de la menace que le propre frère de Simbikangwa, Bonaventure Mutangana, fera encore peser sur lui. Contrairement à ses frères et à sa maman, il ne se rendra pas en Suisse mais il reviendra au Rwanda où il va vivre jusqu’en 1999 avant de décider de rejoindre la Suède où il vit actuellement.

Les questions du président seront pratiquement les mêmes que celles qu’il a posées à ses frères: présence d’un drapeau du MRND dans le salon? Le témoin confirme. Livraisons d’armes? Là encore, Pascal Gahamanyi confirme, même si sa version des faits n’est pas tout à fait semblable à celle de son frère Michel. Simbikangwa avait-il des problèmes de couple? Le témoin confirme encore: à plusieurs reprises il a entendu la femme de son voisin crier suite à une querelle. Simbikangwa tenait-il des propos anti-Tutsi? « Il ne se gênait pas pour dire que les Tutsi étaient des ennemis. » D’autres questions sur la raison pour laquelle leur famille avait été attaquée: « Ils cherchaient mon père pour nous tuer tous ensemble. »

Une affirmation revient, lancinante, dans la bouche du témoin: « Les gardes de Simbikngwa voulaient me tuer. » On a d’ailleurs l’impression que cette peur habite encore Pascal Gahamanyi, vingt ans après. Et toujours ce frère militaire, Mutangana, qui ne supporte pas sa présence. Pendant la durée de son séjour, le témoin rapporte que Simbikangwa sortait souvent, comme s’il partait au travail. Il dénonce le comportement des gardes qui se vantaient d’aller tuer dans le quartier. Il leur arrivait d’ailleurs de revenir mains et habits tachés du sang de leurs victimes. Ils auraient même tué le chauffeur de Simbikangwa qui ne semble pas avoir réagi d’une manière tellement efficace! Pourquoi n’est-il par resté chez sa tante à Kabaya avec son frère lors d’un voyage dans le Nord avec Simbikangwa? Sa présence risquait d’attirer des ennuis aux autres membres de la famille. Le témoin évoque aussi la fausse carte d’identité que va lui procurer Simbikangwa: vraiment utile, car c’est un faux assez grossier?

Et toujours cette question sur la présence de cadavres que Simbikangwa n’aurait jamais vus pendant toute la durée du génocide. « Impossible » se contente de dire le témoin.

Pascal Gahamanyi reconnaît que Simbikangwa lui a sauvé la vie, mais on sent comme un regret qu’il a du mal à exprimer: « Il aurait pu faire plus, me conduire dans une zone plus sûre, à Butare, par exemple! »

Autre question: « Les témoins ne peuvent pas dire des choses positives sur Simbikangwa, ils courent des risques? » La réponse est immédiate: « Ce n’est pas dangereux sinon je ne l’aurais pas dit. J’ai dit ce que j’ai vu. Si j’avais parlé à partir de ce que j’ai lu sur Simbikangwa, j’aurais dit beaucoup plus. » « Pourquoi Simbikangwa vous a-t-il sauvé la vie? » « Il a fait ce que tout le monde aurait dû faire. Je ne sais pas s’il voulait rendre service à mes parents. Il n’y avait pas de relations particulières entre eux. Il ne m’a pas sauvé par affection, j’étais simplement son petit voisin. »

L’avocat général va rappeler au témoin les propos plus précis qu’il a tenus devant les enquêteurs du TPIR, surtout concernant les propos de Simbikangwa aux barrières: « Simbikangwa était reconnu. Il s’adressait aux gardiens: »Nous vaincrons, il faut combattre les Tutsi et ne pas laisser passer les Inyenzi! ». Pascal Gahamanyi confirme en ajoutant que Simbikangwa n’a jamais sauvé personne aux barrières.

Vont suivre enfin les traditionnelles questions de la défense au témoin. Maître Epstein débite une série de questions en rafales mais on le sent moins combatif. Il donne l’impression de se résigner peu à peu. Le comportement de son client y est-il pour quelque chose? Maître Bourgeot, quant à elle, a toujours le chic de faire des réflexions déplacées, sans pour autant qu’elle s’en rende compte:  » Vous n’êtes pas parti avec vos frères à cause de votre physionomie de Tutsi que je laisse à l’appréciation de la cour! » Que sous-entend-elle en terminant ainsi son intervention? Une dernière question/affirmation cependant: « Vous avez vécu trois mois d’enfer. Je ressens une certaine colère en vous. ». Réponse du témoin: » Vous vous trompez, je n’ai pas de colère. » Le ton était cette fois presque compatissant. La défense baisse-t-elle la garde?

Comme à l’accoutumée, lors de la séance de questions au prévenu, Simbikangwa va sa lâcher et reprendre tous les poncifs qu’il nous a donné l’occasion d’entendre si souvent. Il a l’art de ne jamais répondre aux questions qui lui sont posées, d’embrouiller tous ceux qui aimeraient savoir. Au détour d’une périphrase, il nous apprend que sa soeur était amoureuse du témoin, à son insu, met presque en doute la mort de son chauffeur… Quant aux témoins, « ils ne mentent pas, ils récitent. Ils développent une stratégie de manipulateurs ». Tout cela, c’est bien sûr la faute « d’Ibuka avec le fameux Alain Gauthier qui est là et qui a beaucoup d’argent. Il entretient la haine. » Une obsession! Et parlant du témoin: « Cet homme, je l’ai sorti du cercueil. Il aurait dû me rendre le peu de services que je lui ai rendus. Ce n’est pas un homme libre. C’est la haine (qui l’habite), la haine de ceux qui ne veulent pas que les hommes se réconcilient. J’ai beaucoup aimé cet enfant. Il a manqué de forces. Ma soeur (aimée par un militaire mais amoureuse du témoin, ndlr) a choisi le prince et pas le chevalier. Je suis déçu. Il m’a déçu mais je ne regrette rien. »

Probablement troublé, l’accusé va conclure en confondant les couleurs du drapeau rwandais de l’époque avec les couleurs du MRND… « Pour un officier… » glissera malicieusement l’avocat général.

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 4 mars 2014 (1)

Article d’origine sur le site du CPCR

Audition de Michel Gahamanyi, comptable.

« J’ai connu Simbikangwa comme voisin. Il nous arrivait de nous rendre chez lui pour regarder la télévision ou un film. C’était un bon voisin. » C’est ainsi que commence la déposition spontanée du témoin. Il n’a pas vraiment connu le prévenu avant le génocide car il était interne dans un collège en dehors de Kigali. Le témoin rappelle que pendant la journée du 7 avril ils sont restés chez eux, conformément aux consignes diffusées par la radio. Le 8 au matin, des soldats tentent de rentrer dans la maison de la famille Gahamanyi en escaladant le portail. Le père de famille demande alors à ses enfants de fuir chez les voisins. Seul Pascal, un des fils, est revenu dans la maison à la recherche de sa mère qu’il croyait à l’intérieur. Les militaires ont plaqué le jeune homme à terre et lui ont mis une arme sur la tempe. La maman est alors arrivée pour demander la grâce de son fils. De chez Sebazungu, le père de famille a appelé Simbikangwa pour voir s’il pouvait faire quelque chose. Le témoin, accompagné de son frère Albert, d’un certain Jean d’Amour et du « boy » se rend chez Simbikangwa. Le papa s’est fait transporter à la préfecture de la ville de Kigali sur ordre du préfet Renzaho que Simbikangwa avait conseillé d’appeler. Parmi les assaillants du matin, Pascal, le frère du témoin, a reconnu les deux gardes du corps de Simbikangwa, ce que ce dernier va contester. Contrairement aussi à ce que le prévenu prétend, la maman, Thérèse, ne logera jamais chez lui puisqu’elle s’est réfugiée chez un autre voisin.

Michel Gahamanyi, après avoir signalé les visites du frère de Simbikangwa, Bonaventure Mutangana, va relater l’épisode d’une livraison d’armes en donnant des détails fort précis. Simbikangwa est venu avec des armes et une fois qu’elles ont été prêtes, il est reparti avec. Pour les distribuer? Il décrit aussi l’exécution de deux personnes sur la barrière dite des « Chinois », à une centaine de mètres plus bas. Il observe la scène du jardin de Simbikangwa et signale qu’il a vu passer des camions avec des cadavres entassés à l’arrière. Son récit continue par la relation de deux tentatives de départ pour quitter Kigali. La voiture dans laquelle il se trouve est arrêtée à une grosse barrière et il doit rebrousser chemin: il revient chez Simbikangwa. Ce dernier, quant à lui, arrivera à passer cette barrière sans trop de difficultés. A la seconde tentative, il réussira à passer et restera chez sa tante à Kabaya. Le jeune Pascal, plus grand et « trop Tutsi » restera l’hôte de Simbikangwa pendant toute la durée du génocide. Le témoin retrouvera finalement sa mère et ils pourront partir en Suisse jusqu’à leur retour au Rwanda fin 1995.

A Kiyovu, Pascal, selon son frère, vit dans la terreur, à la fois des gardes de Simbikangwa qui ne rêvent que de le tuer, et du frère de ce dernier, Bonaventure Mutangana, qui veut aussi sa mort (Mutangana vit aujourd’hui dans la région parisienne, ndlr).

Va suivre alors la traditionnelle séance de questions destinées à éclairer des zones qui sont restées un peu obscures. Nous apprendrons que, selon le témoin, Simbikangwa avait le pouvoir de le laisser en vie ou de le laisser mourir. Il n’est pas rare, lors de cette étape de l’audition, que les témoins soient mis en face de leurs contradictions: problèmes liés à la mémorisation des faits près de 20 ans après, ou bien au traumatisme causé par la situation de stress dans laquelle se trouve alors le témoin. Ou pour d’autres raisons encore.

Maître Bourgeot, pour la défense, se hasarde à une explication:  » C’est un cas de conscience, pour vous, de venir témoigner pour Simbikangwa? » Réponse du témoin: « Pas du tout. Je voulais participer à la justice. S’il m’a sauvé mais qu’il en a fait tuer d’autres! » La façon de procéder de l’avocate irrite une nouvelle fois l’avocat général: « Vous faites durer pour durer », faisant allusion aux questions répétitives de l’avocate, questions qui ne font en rien progresser les débats.

Et lorsque son tour de parole revient, Simbikangwa retrouve ses vieux démons. Commentant le témoignage qu’il vient d’entendre: « Je viens d’assister à une scène fictive. A Gisenyi, personne n’a reçu d’arme de Simbikangwa. A Kiyovu non plus… Michel tient le même langage qu’Ibuka, même langage qu’Alain Gauthier… C’est une cabale… Ibuka ne veut pas la réconciliation nationale… Ibuka fait le recensement de tous les Tutsi au Rwanda pour rétablir les divisions… »

L’audition se termine sur ces paroles. Restera à entendre le dernier témoin de la journée, Pascal Gahamanyi, le frère des précédents. Ce témoignage est attendu car c’est le seul de la famille Gahamanyi qui est resté chez Simbikangw jusqu’à la fin du génocide.

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 3 mars 2014 (2)

Article sur le site du CPCR 

Audition d’Albert Gahamanyi, fils de Célestin, 15 ans en 1994.

Le témoin, après avoir souligné qu’il vivait en bon voisinage avec Simbikangwa, évoque l’attaque des militaires le 7 ou le 8 avril: « On a eu peur, on s’est enfui. On est allé chez des voisins le temps que les militaires s’en aillent. On est allé chez Simbikangwa en passant par la clôture. Il nous a dit que nous n’avions rien à craindre chez lui. Je suis resté 4 nuits et 5 jours. » Simbikangwa les a alors conduits en voiture, avec sa mère et deux frères, jusqu’à Rambura, chez son père. Puis direction Gitarama. Le témoin s’est ensuite rendu à Butare avec sa soeur, puis à Gikongoro, en zone Turquoise, d’où les militaires les ont aidés à rejoindre le Burundi.

Le témoin rapporte qu’il y avait un « foulard » aux couleurs du MRND au mur du salon de Simbikangwa. Des membres du MRND venaient chez lui. Il n’a jamais vu le prévenu se rendre à des meetings du MRND, mais il l’a vu partir « habillé aux couleurs du MRND » et « revenir en disant qu’il avait participé à un meeting. » Le capitaine recevait des militants civils et des militaires chez lui, il était intéressé par la politique. Il ajoute qu’il « s’énervait, qu’il était toujours de mauvaise humeur, colérique », mais pas avec lui.

Le président présentera ensuite des photos de la maison de Simbikangwa ainsi qu’un plan du quartier, les quelques maisons autour de chez lui. Le témoin rappelle que sa mère est restée chez Nyiragire alors que Simbikangwa prétendait qu’elle avait logé chez lui! Chez le prévenu, en plus des Gahamanyi, il y avait la famille Higiro, la femme du pasteur hutu Twagirayezu et des enfants. Probablement pas une vingtaine de Tutsi!

Simbikangwa conteste que ses deux gardes aient participé à l’attaque de la famille Gahamanyi. Il a même hurlé aux militaires de ne pas s’en prendre à cette famille qui n’héberge pas d’infiltrés. Albert Gahamanyi atteste que les gardes de Simbikangwa sortaient parfois et revenaient, après avoir tiré, pour nettoyer leur fusil: ils auraient tué des gens dans la rue! Ce que conteste encore Simbikangwa!

Lors du déplacement vers Gisenyi, le témoin évoque le passage aux nombreuses barrières. Généralement, ils passaient sans encombre, sauf à une barrière. Simbikangwa a dû discuter, il avait peur pour sa belle-soeur. Albert signale de nombreux cadavres aux barrières; ils ont même croisé des camions remplis de corps. Mais Simbikangwa est bien le seul à n’avoir rien vu! Les interventions de Simbilangwa étaient très efficaces pour passer les barrières.

Les avocats de la défense vont ensuite poser toute une batterie de questions dont les réponses n’apportent pas un véritable éclairage sur le témoignage d’Albert Gahamanyi. Maître Bourgeot va même poser une question dont la réponse avait pourtant été déjà donnée avec une grande clarté. Il faut dire que l’avocate est parfois un peu distraite!

Simbikangwa, à la barrière, aurait dit en s’en allant, en direction des Interahmwe: « Mukomere ». Simbikangwa va prétendre que c’est une façon de saluer dans sa région. Plus généralement, c’est une façon d’encourager, ici les Interahamwe. Simbikangwa a l’art de jouer sur la bivalence des mots, souvent faite pour tromper les étrangers, les jurés dans ce procès.

A la question du président: « C’est courageux de venir dire aux assises que vous remerciez Simbikangwa de vous avoir sauvé! » « Je ne pense pas, répond le témoin, je suis libre de le faire. » Il rajoute que Simbikangwa l’a sauvé, mais il n’est pas le seul. Albert a été sauvé plusieurs fois  pendant le génocide.

Simbikangwa va ensuite être très louangeur à l’égard d’Albert Gahamanyi: « Il a fait un effort extraordinaire d’intégrité, d’honnêteté, mais il y a des petites choses… »

Le prévenu conteste le fait qu’ il y ait eu un petit magasin juste à côté de la cuisine dans sa maison de Kiyovu. Pourtant, pour bien connaître le Rwanda, je peux affirmer que toutes les maisons au Rwanda, quelle que soit leur importance, possèdent ce genre de « débarras » où l’on stocke les provisions, le matériel de cuisine, les légumes, etc…

Pour justifier le fait qu’il n’ait jamais vu de cadavres au barrières, Simbikangwa redit qu’il voyageait un peu allongé pour soulager son dos et qu’il ne se redressait qu’aux barrières. C’est pourtant là qu’il y avait beaucoup de cadavres…

Simbikangwa va revenir sur le témoignage d’Albert: « Je suis agréablement surpris. C’est extraordinaire, sa liberté (de parole) me surprend ». Et d’en rajouter: « En France, on a fabriqué les dossiers. Quant à Albert, sa parole est libre, plus libre que les autres. Si les Rwandais avaient ce courage de faire comme il fait, je serais libéré. »

Maître Daoud va poser une dernière question, malicieusement: « Je confesse que je n’ai pas été très rigoureux. Je n’ai pas lu le rapport psychologique vous concernant. Vous êtes un homme brillant, vous avez un charisme important, une personnalité extraordinaire. Je ne comprends toujours pas que, la présence des cadavres, vous êtes l’un des rares à ne pas en avoir vu! C’est difficile d’affronter l’acte d’accusation? »

Va suivre une longue réponse qui va être écoutée dans un grand silence. Je ne peux résister au « plaisir » de la livrer dans sa quasi intégralité.

»Votre question est complexe. On m’accuse de complicité de génocide et de crime contre l’humanité. A Gisenyi, avez-vous vu un seul mort contre moi? A Kigali? Quelques témoins contre moi, fabriqués, confectionnés, éduqués, nourris par la cupidité d’Ibuka. Ces gens-là se contredisent. J’aurais eu la volonté d’exterminer partie ou totalité des Tutsi? Personne, même si je suis condamné, personne ne me convaincra que j’ai aidé à exterminer la famille de ma mère tout en protégeant celle de mon père. J’ai essayé d’aider. Bagosora ne m’a pas pris comme réserviste. Sindikubwabo, le président intérimaire, était le beau-père de celui qui m’a torturé, Iyamuremye. On m’a accusé d’être le chef de la criminologie. On m’a accusé d’avoir frappé un journaliste. Les Gacaca de Kigali ne m’ont pas condamné, pas plus que les Gacaca de Gisenyi (c’est pourtant faux car Simbikangwa a été condamné à trente ans de prison! ndlr). Tout a été inventé en France. Tout a été amené par monsieur Alain Gauthier. Et on m’accuse d’être complice de crime de génocide et de crimes contre l’humanité? »

Ultime réflexion de maître Daoud: « Vous êtes innocent puisqu’on ne peut pas amener des morts qui peuvent vous accuser? »

« Mon Dieu! Mon Dieu! réplique Simbikangwa. La personne que j’aime sur la terre, c’est le corps de ma mère qui n’a pas eu de sépulture. Ma main n’a jamais trempé dans le sang! »

Ce sera le mot de la fin.

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 3 mars 2014 (1)

Article d’origine sur le site du CPCR

Audition de Célestin Gahamanyi, haut fonctionnaire au Ministère de l’Intérieur en 1994.

En visio-conférence de Kigali.

La déclaration spontanée du témoin se résume en peu de mots: « Je n’avais rien de spécial à signaler sur Simbikangwa. Je ne sais pas grand chose car au moment des faits j’étais absent de Kigali. Après le 8 avril, j’étais parti de mon domicile. Je ne connais rien à son sujet. »

Lors de la séance des questions, le témoin, âgé de 75 ans, rappelle que dans les années 90/94 tout était « compliqué ». « La guerre dominait, tout le monde avait peur. Le FPR avançait, présenté comme un ennemi commun. Tout le monde cherchait à savoir comment sortir de Kigali à cause de la RTLM. Les ministres eux-mêmes avaient peur. » Monsieur Gahamanyi, étonnamment, ne connaît pas la réputation de Simbikangwa. Il se contentera de dire que c’était un bon voisin, finira par dire que des militaires sont venus chez lui à deux reprises le 8 avril, « probablement pour nous tuer. » Il demande alors à sa femme et ses enfants de fuir chez les voisins. Lui-même se rend chez un autre voisin, Sebazungu et finira par bénéficier de l’aide du préfet Renzaho qui enverra une voiture pour l’évacuer vers la Préfecture de la ville de Kigali. C’est Simbikangwa qui lui avait conseillé d’appeler le préfet. Il verra des hommes entrer et sortir en armes alors qu’il avait parlé de « distribution d’armes » aux enquêteurs. Quant à sa femme, elle se réfugiera chez un autre voisin, monsieur Nyiragire, que Simbikangwa prétend ne pas connaître, ou si peu. Ses fils iront chez Simbikangwa, mais cela il ne l’apprendra que plus tard. Renzaho, qui se rendait souvent à Gitarama, acceptera de conduire le témoin qui se cachera au séminaire de cette ville. Ses fils et sa femme finiront par bénéficier de l’aide de Simbikangwa, seul Pascal restant chez ce dernier. Le témoin reconnaîtra avoir rencontré le père de Simbikangwa chez lui et au bureau: une affaire de vente de maison à régler au bénéfice de son fils.

Monsieur Gahamanyi répète ce qu’il a dit lors de son audition: « Je souhaite que Simbikangwa soit grâcié. » Il le remercie d’avoir sauvé son fils Pascal, même s’il a vu Simbilangwa en tenue militaire.

A la fin de l’audition, Simbikangwa se penche hors de sa « cage » et tente de faire un signe de la main en direction de monsieur Gahamanyi. En vain. Mais il se félicitera du soutien de son ancien voisin.

La première question du président va embarrasser le prévenu: « Monsieur Gahamanyi vient de vous apporter son soutien alors qu’il est à Kigali. Le témoin ne serait donc pas manipulé? »

Comme à son habitude, Simbikangwa ne va pas répondre à la question mais s’insurger: « Madame le Procureur vient de faire une faute grave contre moi. Ce n’est pas la justice. Elle a dit que monsieur Gahamanyi aurait dit du mal de moi. C’est de la manipulation de l’opinion: c’est inacceptable. J’aurais aimé qu’elle soit juste avec moi. » Et de poursuivre en s’en prenant une nouvelle fois à l’association Ibuka au Rwanda qui organise « une chasse aux sorcières » avec le « Collectif qui lui est affilié. » En disant ce qu’il dit, « monsieur Gahamanyi se protège! »

Le président ayant lu le témoignage de madame Gahamanyi qui parle des nombreuses barrières, le prévenu s’insurge. Il rappelle qu’il a aidé des gens, qu’il a été courageux mais ne peut s’empêcher de redire que « Gauthier, avec son argent, corrompt tout le monde. ». C’est son idée fixe!

Maître Foreman en remet une couche: « Pourquoi monsieur Gahamanyi a-t-il dit qu’il n’a pas eu de pression? »

Réponse énervée: « Vous faites partie de ceux qui créent des problèmes… Votre association, c’est la terreur. Il faut arrêter de diviser les Rwandais. »

Pour se donner le beau rôle, en réponse à une question de l’avocat de la LICRA concernant l’attaque de Gardes présidentiels chez les Gahamanyi: « Ce sont des fous! » Et de réaffirmer, en contradiction avec beaucoup de témoignages, que jamais il n’a porté de tenue militaire.

Fin de la première audition de la matinée.

Lecture de l’audition de Dieudonné Nyetegeka par les enquêteurs.

Nous avions appris que le témoin suivant, Dieudonné Nyietegeka, trésorier des Interahamwe, ne souhaitait plus être entendu en visio-conférence de son exil canadien. Le président décide alors de lire sa déposition. D’avril à mai 1994, il a rencontré Simbikangwa à trois reprises:

1) le 9 avril 1994. Il a rencontré le prévenu à la RTLM et rapporte certains de ses propos: « Il faut être vigilant et se venger contre les Ibyitso. il faut inciter à la haine contre les Tutsi. » Il était en chaise roulante et habillé d’un treillis.

2) fin avril 1994. Il aurait vu Simbikangwa à une barrière, la plus dangereuse de Kigali, en compagnie de Bernard Maniragaba. Le témoin rentrait de Butare à Kigali. Il s’agissait d’une « barrière où passaient beaucoup de Tutsi. Simbikangwa aurait dit de « ne pas se fier seulement aux cartes d’identité. » Des corps gisaient près de la barrière. Simbikangwa semblait avoir de l’autorité sur les gens qui tenaient la barrière.

3) première quinzaine de mai. En repartant pour Butare, à la barrière de Gitikinyoni, près de l’embranchement de la route qui part vers Ruhengeri, le témoin aurait vu Simbikangwa s’entretenir avec le gardien de la barrière, Joseph Setiba, condamné à la réclusion à perpétuité. Le témoin rappelle que tout le monde avait peur du prévenu; c’était plus qu’un major.

Simbikangwa, évidemment, ne connaît pas ce témoin. Il aurait « acheté sa liberté » auprès du TPIR.

A maître Simon, il confesse: « Je sais qu’il y a eu des morts sur les barrières mais j’ai eu la chance de ne jamais en voir ». Puis d’ajouter, évoquant les problèmes du Rwanda: « Les Hutu et les Tutsi, c’est comme les Wallons et les Flamands! »

« Etiez-vous résistant après la mort d’Habyarimana? » demande maître Daoud.

« Avant la mort d’Habyarimana j’étais pour qu’on donne plus de place au FPR! (cf. son interview de Reporters sans Frontières. Selon moi, cette interview était donnée en direction des étrangers. Comme lorsque Habyarimana s’exprimait, ou lorsqu’on utilisait le terme « travailler » pour « tuer »!). Simbikangwa se fait encore passer pour le sauveur de nombreux réfugiés.

Les avocats de la défense feront ensuite la lecture des pages 83 à 89 du livre de Thierry Cruvelier « Le tribunal des vainqueurs » pour souligner le fait que Dieudonné Nyetegeka avait été un témoin hyper protégé et qui avait obtenu de ne pas être jugé pour services rendus au TPIR.

 

président du CPCR