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A propos du négationnisme

Cet extrait d’ Une saison de machettes, de Jean Hatzfeld (p.257-258) :

En 1992, le chercheur américain Christopher Browning a publié un livre passionnant, titré : Des homme ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne. L’histoire d’un bataillon envoyé entre juillet 1942 et novembre 1943 dans la région de Lublin en Pologne, où il assassina environ 40 000 Juifs en en déporta environ 45 000.

L’auteur, spécialiste de l’Holocauste, a travaillé à partir de documents, essentiellement les interrogatoires de 210 de ces hommes, menés entre 1962 et 1967 par des magistrats allemands, pour reconstituer et analyser l’itinéraire de ces réservistes hambourgeois, pris dans un démentiel engrenage de tueries.
Dans un chapitre du livre, Christopher Browning note la répugnance générale de ces policiers à admettre l’antisémitisme qui les motive à l’époque et s’en interroge.
Pourquoi nier un sentiment évident, qui imprègne toutes les institutions du Reich et influence l’opinion des dignitaires nazis, et qui donc, a priori, pourrait être utilisé comme circonstance atténuante par ces policiers réservistes ?

L’auteur avance de nombreuses hypothèse, parmi lesquelles celles-ci : «Pour un membre du bataillon, avouer son propre antisémitisme revient à compromettre ses chances de tirer son épingle du jeu, évoquer l’antisémitisme des autres, c’est charger ses camarades. » Plus loin, il poursuit : « Mais cette répugnance à parler de l’antisémitisme relève également d’une attitude de refus politique …

Admettre que leur comportement avait une dimension explicitement politique et idéologique, que l’éthique nazie n’avait à l’époque rien de déraisonnable à leurs yeux, c’est admettre qu’ils ne sont que des girouettes politiques, tournant docilement avec le vent, à chaque changement de régime. C’est là une vérité que peu d’entre eux veulent ou peuvent affronter ».

Les contextes dans lesquels s’expriment tueurs allemands et rwandais sont différents. Les premiers témoignent plus de vingt ans après les faits, en ordre dispersé, en liberté mais face à des procureurs susceptibles de les inculper. De plus leurs témoignages sont médiatisés par des greffiers.
Néanmoins, je mentionne ce passage parce que les gars de la bande de Kibungo rechignent eux aussi à admettre l’antitutsisme qui les animait dans les marais.