Analyse : le rapport du Colonel ROBARDEY sur le terrorisme 1990-1993

Le document présenté ici a été rédigé par le colonel ROBARDEY – ou du moins sous son autorité- pour témoigner des attentats commis au Rwanda entre 1990 et 1993.

Un support de contre-propagande

Pour mémoire, et situer le contexte dans lequel le colonel de gendarmerie écrit ce rapport, nous rappelons ce passage du livre de Pierre Péan « Noires fureurs, blancs menteurs », (pp 168 et 169) dont le Colonel ROBARDEY ne met pas en cause le contenu (il a même admis à l’audience avoir participé à la rédaction de ce chapitre)  :

« Alors même que les décideurs politiques doutent de la politique française au Rwanda, Lanxade, Quesnot et Huchon, conscients du déficit de leur communication face à celle du FPR, décident d’accompagner le nouvel engagement proprement militaire de la France d’une opération de communication. (…) Tout un pan de cette opération ne semble pas avoir fait l’objet de notes ni de rapports officiels ». (…)« Avant même l’arrivée du colonel du SIRPA (colonel CHARRIER NDLR) à Kigali, le colonel Delort a demandé au colonel ROBARDEY d’apporter un soin tout particulier à la collecte d’informations sur les massacres et les exactions du FPR afin de mieux contrecarrer la propagande du FPR.

C’est dans ce contexte que le Colonel ROBARDEY rédige son rapport intitulé « Étude sur le terrorisme au Rwanda depuis 1990 ».

(à lire ici : Rapport Robardey Terrorisme 1990-1993)

Des conclusions sans appel, sur la base de 21 pages dont 12 d’annexes

Le rapport désigne le FPR comme l’auteur ou l’instigateur de tous les attentats commis sur le territoire durant la période.

Une conclusion plus qu’hâtive, alors même qu’une note de la DGSE affirmerait  que plusieurs attentats ont eu comme commanditaires des proches du président désireux de discréditer le gouvernement multipartite.

On notera, au chapitre III, que les précautions liminaires :
« nombreux sont les attentats où aucune constatation n’a été faite », sont balayées sans hésitation quelques lignes plus bas :
« Malgré toutes ces difficultés, les investigations menées par la gendarmerie rwandaise ont permis d’obtenir des résultats certains et de dégager quelques idées quant à l’origine et la motivation des poseurs de bombes ».
Des certitudes bien excessives, selon l’ambassadeur Martres, qui estime quant à lui que la formation OPJ n’a pas permis de progrès dans l’élucidation des attentats.

A lire, donc, pour comprendre comment un simple rapport a permis d’étayer cette dialectique implacable et inique, selon laquelle les massacres de Tutsi -et, partant, le génocide lui même- ne constituerait qu’une réaction « spontanée », d’une population « exaspérée » face aux attentats du FPR.

Stéphanie  Monsénégo

Rapport Robardey Terrorisme 1990-1993