Le « tortionnaire » vu par la presse rwandaise

Jean Pierre Chrétien témoignera ce matin, notamment sur les médias du génocide. Nous verrons combien Pascal SIMBIKANGWA, loin d’être l’obscur fonctionnaire qu’il prétend être, disposait d’une solide réputation dans la presse d’opposition, dont les illustrations sont explicites.

La presse d'opposition, tenue en laisse par le capitaine SIMBIKANGWA - RwandaRushya#16_1992

La presse d’opposition, tenue en laisse par la capitaine SIMBIKANGWA – RwandaRushya n°16 – janvier 1992

Dans RwandaRysusha n°19, en mars 1992, Joseph MUDATSIKIRA décrivait « LaDétressed’unJournaliste » au Rwanda, un article qui décrit bien le contexte de l’époque.

La presse, écartelée entre le procureur, le SCR, la "crimino" et la prison. RwandaRushya n°19 -1992
La presse, écartelée entre le procureur, le SCR, la « crimino » et la prison. RwandaRushya n°19 -1992

Pascal SIMBIKANGWA, auteur en 1989 de « L’homme et sa croix » est chargé d’un lourd passif.

Umurangi n°5 - fev92
Umurangi n°5 – fev92

Entre 1992 et 1993, le développement des journaux d’opposition apparaît plus comme une concession à la façade de démocratisation du pays qu’une réelle avancée en faveur de la liberté de la presse.
Le SCR -et, à sa tête, le capitaine SIMBIKANGWA- sont là pour « veiller » sur les journalistes : de nombreux journaux d’opposition, comme Kanguka,  sont régulièrement saisis, des journalistes, comme Vincent RWABUKWISI de Kanguka ou François Xavier HANGIMANA, de Ijambo, se voient fréquemment arrêtés et traînés devant les tribunaux aux motifs de diffamation ou de « d’atteinte au moral de l’armée ».
Jean Pierre Thaddée NSENGIYAREMYE, a quant à lui écopé de 4 ans ferme pour une avoir produit une caricature représentant Pascal SIMBIKANGWA. La tension est monté d’un cran après la publication d’une caricature évoquant les méthodes sanglantes du gouvernement dans KIBERINKA.

Le président HABYARIMANA, célèbre une messe sanglante. Au premier plan, Pascal SIMBIKANGWA, reconnaissable dans sa chaise roulante. Kiberinka n°5 - decembre1991
Le président HABYARIMANA, célèbre une messe sanglante. Au premier plan, Pascal SIMBIKANGWA, reconnaissable dans sa chaise roulante. Kiberinka n°5 – decembre1991

Le lendemain de la parution, le 1er décembre 1991, la Radio Nationale a diffusé un bulletin de l’armée indiquant que les articles « orientés » de la presse d’opposition mettaient en péril les FAR dans la guérilla contre le FPR.
Le 3 décembre,  Boniface NTAWUYRTUSHINTEGE, rédacteur en chef de la revue UMURANGI était arrêté et torturé, puis relâché le lendemain.

Boniface NTAWUYRTUSHINTEGE torturé par le capitaine SIMBIKANGWA - Umurangi n°5 - 1992
Boniface NTAWUYRTUSHINTEGE torturé par le capitaine SIMBIKANGWA – Umurangi n°5 – 1992

Le 6 décembre, se fut au tour de plusieurs autres journalistes. Certains ont préféré fuir de peur de subir le même sort.