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3 mars – les morts ne peuvent pas témoigner

En entamant le deuxième mois de ce procès, ce lundi 3 mars, la Cour d’assises de Paris a commencé de s’intéresser au sort de la famille GAHAMANYI. Ces voisins directs de Pascal SIMBIKANGWA, dans le quartier huppé de Kiyovu-les-riches, n’avaient qu’un seul tort en ces temps troublés : le père, bien que marié à une Hutu, était Tutsi, comme ses trois fils et sa fille.

C’est donc lui qui témoignera le premier, en visioconférence depuis Kigali, tandis que son fils Albert déposera à la barre dans la salle d’audience du Palais de justice de Paris, précédant son frère Michel qui témoignera demain matin, puis Pascal, l’aîné, qui vit aujourd’hui en Suède et déposera en visioconférence.

Célestin, tout d’abord. Docteur en philosophie de l’université de Fribourg, haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur, où il chapeaute une direction générale, il bénéficie d’un logement de fonction à Kiyovu depuis les années 70, où ses enfants sont nés et ont grandi, dans un cadre privilégié, jusqu’au chaos de ces journées d’avril 1994.  Lorsque l’avion transportant le président Habyarimana est abattu, ce sont les vacances scolaires. La fille aînée de la famille est partie chez ses grands-parents à la campagne. Les trois garçons de 18, 15 et 14 ans sont restés à Kigali avec un jeune cousin. Le 8 avril en fin de matinée, leur destin rencontre la grande Histoire à l’instant où un soldat saute par-dessus le portail qu’il ouvre à ses congénères et les entraîne vers la maison. Célestin s’enfuit avec ses fils par la porte arrière. Ils se faufilent à travers une haie vers le jardin d’un voisin. Pascal, le plus âgé, s’aperçoit que leur mère n’est pas avec eux, il retourne la chercher dans la maison où les soldats le trouvent un instant plus tard.

Sont-ce les prières de la mère, ou l’intervention de Pascal SIMBIKANGWA qui les sauvent ? Car arrivé chez le voisin, Célestin appelle aussitôt le capitaine qu’il croit assez puissant et influent pour sauver sa famille. SIMBIKANGWA le renvoie à appeler le Préfet, lui qui travaille au ministère de l’intérieur, mais accepte d’aider les enfants. Il sort dans son fauteuil roulant et, par-dessus la haie qui sépare les jardins, intime aux militaires de s’en aller. « Ils ont obtempéré. J’étais capitaine, ça les a stoppés » explique-t-il aujourd’hui.

La suite de l’histoire est racontée dans les mêmes termes par Célestin, le père, et Albert, le premier de ses fils à avoir témoigné. Pour une fois, Pascal SIMBIKANGWA n’a pas grand-chose à redire à leur récit. Célestin, premier visé, se met sous la protection du Préfet RENZAHO, et s’installe dans un campement de fortune dans les bureaux de la Préfecture. Sa femme part chez un voisin, les garçons et leur cousin sont accueillis par SIMBIKANGWA. Albert expliquera qu’ils n’entreront jamais dans la maison de leur protecteur mais resteront dans le jardin, dormant le soir dans une voiture. Le cinquième jour, Albert et sa mère seront exfiltrés hors de Kigali. Michel et Pascal, qui témoigneront demain, devront attendre plus longtemps.

Pascal SIMBIKANGWA vous a sauvé la vie, n’est-ce pas ? souligne son avocat Maître Epstein.

Oui, concède Albert, qui a aujourd’hui 35 ans et travaille comme cadre administratif dans une ONG.

Et vous lui en êtes reconnaissant ? insiste l’avocat, pour qui ces récits de sauvetage sont une aubaine, après une série d’audiences éprouvantes pour son client, apparu au fil de la semaine dernière comme le maître d’un quartier de Kiyovu livré aux militaires et miliciens, sur lesquels son autorité semblait totale.

Bien sûr, et je le remercie dit le témoin.

Malicieux, le président LEURENT rappelle que Pascal SIMBIKANGWA avait prévenu que personne n’oserait témoigner en sa faveur tant les menaces du régime de Kigali, d’IBUKA, voire du CPCR planeraient sur qui oserait dire du bien du terrible capitaine. Ces remerciements font-ils craindre quelque chose à Albert quand il rentrera à Kigali ?

Non, je n’ai pas de courage particulier, ce que j’ai dit à votre cour, je l’ai déjà raconté à Kigali, je n’ai jamais rencontré de problèmes à cause de cela !

L’avocat ne veut pas terminer sur cette note qui restitue toute leur portée à tous les témoignages à charge des semaines passées, qu’il a systématiquement dénigrés comme dictés par Kigali. Le mot de la fin doit être positif :

Il vous a donc quand même sauvé la vie ?

Une troisième fois la même question, c’est une fois de trop ! Le témoin a compris qu’on veut l’enfermer dans une posture qui ne lui convient pas : « Pascal SIMBIKANGWA s’est occupé de moi pendant 4 jours et m’a aidé à quitter Kigali, mais la vie, ce n’est pas qu’à lui que je la dois ; il ne sait rien de ce que j’ai dû endurer encore à Gitarama, à Butare, à Gikongoro, les dangers de mort permanents pendant encore deux mois et demi. J’ai remercié Pascal SIMBIKANGWA, mais si je suis là ce n’est pas que grâce à lui ».

Car s’il a témoigné à décharge, Albert GAHAMANYI a aussi raconté ce qu’il savait de son protecteur : le fanion du MRND, le parti unique, auquel SIMBIKANGWA nie avoir jamais apporté son soutien, accroché dans son salon, les venues de militaires, d’officiels, et même une fois d’un ministre, rendant visite à celui qui voudrait se faire passer pour un fonctionnaire de rang subalterne, et ces coups de feu qu’on entendait dans le quartier, avant que les deux gardes du corps de SIMBIKANGWA rentrent nettoyer leurs armes en parlant des meurtres qu’ils venaient de commettre.

« Jamais mes gardes ne pouvaient sortir de chez moi sans ma permission, je ne peux pas croire qu’Albert ait vraiment vu ce qu’il dit » commentera l’accusé, tout comme il continuera de nier avoir jamais vu un cadavre lorsqu’il passait aux barrières – même celle de Giticinyoni, la barrière du redoutable SETIBA, le chef des Interahamwes qui décidaient qui pouvait entrer ou sortir de Kigali et abattaient sur place tous les Tutsi qui se présentaient. Y avez-vous vu des morts, est-il demandé à Albert ? Bien sûr, il y avait des corps, des hommes, des femmes, jusqu’à la rivière. Que SIMBIKANGWA ne les ait pas vus ? Ce n’est pas vraisemblable !

L’accusé reste pourtant imperturbable, droit dans son mensonge qui ne convainc personne.

Fidèle à sa méthode, il fabrique de la rationalité là où il n’y en a pas. Ses réponses sont confuses, lentes, mais se veulent cartésiennes : ce n’est pas à sa mémoire qu’il a recours pour répondre aux questions, mais à la rhétorique : « Si j’avais vu des morts, pourquoi ne le dirais-je pas ? ».

Maître DAOUD, pour la FIDH, conclut :

« Donc, si je résume votre position, puisqu’on ne peut pas amener à cette Cour des  morts qui peuvent vous accuser, c’est que vous êtes innocent ? »

SIMBIKANGWA n’a pas de mémoire. Il vit dans un système mental fait d’arguments, de références logiques. Le mensonge est tout ce qui reste de sa vie.

 

le « clan » HABYARIMANA

Ci-après un organigramme simplifié du noyau dur de l’entourage du Président HABYARIMANA … et de son cousin au deuxième degré, Pascal SIMBIKANGWA.

 

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A propos du négationnisme

Cet extrait d’ Une saison de machettes, de Jean Hatzfeld (p.257-258) :

En 1992, le chercheur américain Christopher Browning a publié un livre passionnant, titré : Des homme ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne. L’histoire d’un bataillon envoyé entre juillet 1942 et novembre 1943 dans la région de Lublin en Pologne, où il assassina environ 40 000 Juifs en en déporta environ 45 000.

L’auteur, spécialiste de l’Holocauste, a travaillé à partir de documents, essentiellement les interrogatoires de 210 de ces hommes, menés entre 1962 et 1967 par des magistrats allemands, pour reconstituer et analyser l’itinéraire de ces réservistes hambourgeois, pris dans un démentiel engrenage de tueries.
Dans un chapitre du livre, Christopher Browning note la répugnance générale de ces policiers à admettre l’antisémitisme qui les motive à l’époque et s’en interroge.
Pourquoi nier un sentiment évident, qui imprègne toutes les institutions du Reich et influence l’opinion des dignitaires nazis, et qui donc, a priori, pourrait être utilisé comme circonstance atténuante par ces policiers réservistes ?

L’auteur avance de nombreuses hypothèse, parmi lesquelles celles-ci : «Pour un membre du bataillon, avouer son propre antisémitisme revient à compromettre ses chances de tirer son épingle du jeu, évoquer l’antisémitisme des autres, c’est charger ses camarades. » Plus loin, il poursuit : « Mais cette répugnance à parler de l’antisémitisme relève également d’une attitude de refus politique …

Admettre que leur comportement avait une dimension explicitement politique et idéologique, que l’éthique nazie n’avait à l’époque rien de déraisonnable à leurs yeux, c’est admettre qu’ils ne sont que des girouettes politiques, tournant docilement avec le vent, à chaque changement de régime. C’est là une vérité que peu d’entre eux veulent ou peuvent affronter ».

Les contextes dans lesquels s’expriment tueurs allemands et rwandais sont différents. Les premiers témoignent plus de vingt ans après les faits, en ordre dispersé, en liberté mais face à des procureurs susceptibles de les inculper. De plus leurs témoignages sont médiatisés par des greffiers.
Néanmoins, je mentionne ce passage parce que les gars de la bande de Kibungo rechignent eux aussi à admettre l’antitutsisme qui les animait dans les marais.

 

 

 

28 fév.- dernière audition, le SIMBIKANGWA est nu

Le dernier témoin de la semaine parle si bas qu’il chuchote presque à l’oreille de son interprète.
Lui aussi était veilleur de nuit, chez FISHER, un ressortissant suisse qui habitait en face de chez Protais ZIGIRANYIRAZO.
Aujourd’hui, ce Tutsi rescapé du génocide fait toujours le même métier.
Son témoignage est simple, clair, sans détours.

« Après le départ de mes patrons (4 à 5 jours après le crash) j’ai été attaqué par des militaires. Ils ont dit que tout le monde devait se mettre ensemble et ériger des barrières.
Je me suis enfermé dans la maison, je n’ai pas voulu me montrer. Ils ont tenté de forcer la porte, mais elle était solide… Je m’étais résigné à mourir dans cette maison.
Le chauffeur qui travaillait là aussi a eu vent de ma situation. Il est allé les amadouer, ils sont venus, ils m’ont obligé à ouvrir. Je leur ai donné des boissons, ils m’ont obligé à aller travailler à la barrière.

Le 15 avril 1994 au matin, j’ai vu SIMBIKANGWA passer sur ma barrière, il disait qu’il ne fallait laisser aucun Tutsi et que, en cas de doute, il ne fallait pas hésiter puisque en contrebas de l’hôtel Méridien, le FPR avait exterminé les Hutu.

Puis, le 20 ou le 21, Pascal SIMBIKANGWA est revenu, il a dit aux militaires qu’ils devaient trouver des gens auxquels donner des fusils puisque la situation était critique au front. »

On notera ici la confusion systématiquement établie entre le « front », la lutte militaire contre l’armée du FPR, et la perpétration du génocide, un « front » protéiforme, global, civil … et uniquement raciste.

« Dans le courant de la même soirée, une camionnette conduite par Benoit est entrée au domicile de SIMBIKANGWA transportant environ une quinzaine de personnes qui pourraient être des Interahamwes. Il sont ressortis contents et armés de fusils, alors qu’ils n’en avaient pas en entrant.
Le 23 avril si ma mémoire est bonne, Pascal SIMBIKANGWA est repassé à ma barrière.
Il m’a observé, il a demandé que j’exhibe ma carte d’identité… Alors que nous étions nombreux à la barrière, il n’a trié que moi.
Il a observé ma carte, a appelé IRANDEMBA, qui était à cette barrière et lui a dit : « qu’est ce que vous faites là, vous pensez que celui ci est un Hutu ?
Comme j’avais gratté ma carte d’identité dans le but d’effacer les mentions ethniques, il a donné l’ordre comme quoi je devais mourir et a continué sa route.
Mais le militaire de la barrière était devenu un ami, il n’a pas voulu me tuer. Il m’a dit : pars d’ici, retourne où tu travailles, ne reviens pas ici. Ça n’a pas duré longtemps. Il a envoyé des Interahamwe avec Benoit à leur tête. Ils sont venus vers 15h, sont rentrés dans la maison où je travaillais, m’ont de nouveau demandé ma carte d’identité. Ils m’ont dit qu’ils ne l’acceptaient pas, qu’ils devaient me conduire après de notre bourgmestre.
En réalité, ça se voyait, c’était pour me tuer. Nous sommes sortis et une fois dehors, je leur ai demandé de me laisser retourner dans la chambre pour mettre mes chaussures. Je me suis dit qu’il fallait me sauver, pour mourir par balles plutôt  que d’être tué d’une mort atroce.
J’ai pu fuir en me faufilant à travers la clôture des voisins, mais je ne suis pas allé loin  car je n’avais pas de ressources. En plus je n’avais plus ma carte d’identité et il y avait tellement de barrières que je n’aurais pas pu les traverser toutes.

Après leur départ, vers 19h, je suis revenu à la maison.
J’ai supplié un militaire qui habitait là et était devenu un ami, je lui ai donné 10000 F, somme que j’avais sur moi puisque mes patrons m’avaient laissé de l’argent : il m’a accompagné, il a récupéré ma carte d’identité auprès du responsable de la barrière, il m’a conduit à un endroit ou j’ai pu trouver refuge.
Ce n’était pas loin, avenue Paul VI, au domicile d’un allemand où mon petit frère travaillait. C’est là que je me suis caché jusqu’au moment ou il a été mis fin au génocide, le 4 juillet 1994. Entre temps, la plupart des gens qui travaillaient avec moi à la barrière pensaient que j’étais déjà mort. Quand ils m’ont revu, ils ont été surpris, surtout que le militaire qui m’avait accompagné était revenu seul, ils ont pensé qu’il m’avait tué en contrebas non loin de là. »

Le supplice de l’interrogatoire

Après quelques précisions demandées par le Président, ni le Parquet, ni les avocats des parties civiles ne lui posent la moindre question.
Il est près de 20h, et commence alors un feu nourri de questions de la part de Me EPSTEIN, avocat de la défense, respectant cette fois-ci une distance convenable avec le témoin.
Il décortique chaque point de la déposition, puis l’heure et la fatigue aidant, l’ironie sarcastique refait surface, pointant ici la « chance » dont son interlocuteur a bénéficié, puis, là, une question de mauvais goût :
- aujourd’hui vous travaillez toujours dans le même quartier ?
- oui
- ça ne vous rappelle pas de mauvais souvenirs ?
- je n’ai pas le choix.

Pour finir, nous aurons droit à l’incontournable question sur IBUKA, une tarte à la crème… aigre.

Cette association de rescapés est, depuis le début du procès, dans le collimateur de la défense, qui la soupçonne de forger de faux témoins.
Oui, Jean Marie Vianney NYIRIGERA en fait partie. Et alors ? va-t-on aussi lui reprocher d’avoir survécu ?

Imperturbable, droit à la barre, le témoin répond sans impatience, avec constance et sans dévier de ses déclarations initiales, malgré la fatigue palpable dans la salle et la désertion progressive du public.
Il est 20h40, l’ambulance attend, les gendarmes aussi…

Sollicité pour des commentaires de fin par le Président, Pascal SIMBIKANGWA étale son obscénité morale:

« Ce Monsieur, c’est un grand comédien, il pourrait être Kakou (l’humoriste Elie Kakou ndlr) s’il n’était pas mort. »

Une formule ambigüe à souhait.
Puis sans vergogne, il ment de nouveau effrontément sur un point pourtant aisément vérifiable : selon lui, le témoin ment quand il explique qu’il a falsifié sa carte d’identité en grattant sous la mention Tutsi et en soulignant la mention Hutu :

« C’est impossible, si vous êtes Hutu, seule la mention Hutu est indiquée, si vous êtes Tutsi c’est pareil ».

Une simple requête sur Internet suffit  à démonter ce mensonge énorme et stupide :

Carte d'identité "ethnique" ayant facilité le génocide des Tutsi au Rwanda.
Carte d’identité « ethnique » ayant facilité le génocide des Tutsi au Rwanda.

20h50, l’audience est -enfin-levée.

Stéphanie Monsénégo

28 fév. – Isaïe HARINDINTWARI « le Tutsi de Pascal SIMBIKANGWA » charge son ancien protecteur

« Je l’aimais, et moi aussi il m’aimait.
Pascal était un homme respectable et nous le respections tous.
Il avait un droit sur la vie et sur la mort.
Il a dit, en parlant de moi : « Celui-ci n’est pas la solution au problème des Tutsi. »

Le décor est planté.

Le « Tutsi de Pascal SIMBIKANGWA »

Comme il le dit lui-même, Isaïe HARINDINTWARI était « le Tutsi de Pascal SIMBIKANGWA », le gardien de la maison d’en face, que l’accusé avait pris sous son aile.
… Comme un animal domestique ?

A trois reprises, il a échappé à la mort grâce à son influent voisin, ce qui lui vaudra, au lendemain du génocide, d’être emprisonné quelques temps car soupçonné d’être un Interahamwe.

Isaïe ne tarit pas déloges sur son protecteur :

« C’était un homme respectable, honorable. C’était notre ami, c’était un bon voisin.  Avant le génocide, il y avait un adage : quiconque va toucher aux Tutsi de SIMBIKANGWA va en subir les conséquences ».

Parmi les Tutsi que SIMBIKANGWA a hébergés pendant le génocide, Isaïe évoque notamment Pascal GAHAMANY, Martin HIGIRO, la femme de ce dernier et une autre personne … en tous cas bien moins de monde que les 50 réfugiés revendiqués par l’accusé.

Preuve de l’influence de ce dernier, le témoin indique d’ailleurs que « tout le monde savait que Martin (HIGIRO ndlr) était chez Pascal », mais que « personne ne pouvait attaquer le domicile de SIMBIKANGWA ».

Isaïe est sollicité par le président LEURENT pour identifier les différentes pièces de la maison de Pascal SIMBIKANGWA.
Très vite, l’entreprise s’avère peu fructueuse et révèle, une fois de plus, le fossé culturel auquel la cour est chaque jour confrontée :

« Honorable juge, on ne peut pas violer le domicile d’un homme.
Dans la culture rwandaise, un homme s’arrête au salon, il n’a pas le droit de savoir comment est la chambre d’un autre homme ».
Il ne va pas non plus à la cuisine : «
c’est une chasse gardée, c’est la même chose que sa chambre ».

Il peut en revanche parler des barrières : si son « ami » SIMBIKANGWA n’en concède que deux, lui en a compté au moins 4 dans ce tout petit pâté de maison :
« Ca faisait comme un rond point, il y en avait tous les 50 m ».

Retour du réel

Puis la salle est frappée par un violent retour du réel.
On sort des cartes et des plans, on sort des manifestations de gratitude et d’amitié pour sombrer dans l’horreur brute.
Le témoin décrit les meurtres perpétrés dans la maison de Jeanine, qui vivait non loin de là, en face de l’OMS, la cruauté inouïe avec laquelle les victimes ont été mises à mort, puis laissées à noircir
sous le soleil pendant près d’une semaine.
Le témoin s’arrête pour essuyer ses larmes.
Silence dans la salle.
Même à Kyiovu-les riches on n’échappe pas au génocide.

Pour Isaïe le gardien, Isaïe le moins que rien,  que Pascal SIMBIKANGWA daignera à peine regarder, son « sauveur » n’en était pas moins un ardent défenseur du régime.

Et c’est pour cette raison que, selon lui, l’accusé a distribué des armes sur les barrières, un épisode qu’il a vu à plusieurs reprises.
Plus d’une trentaine de fusils sont ainsi tombés aux mains des tueurs du coin.
Et « ils ont beaucoup tué ».

Pascal ? : « Il n’est pas le seul à nier »

Lorsque le Président LEURENT lui explique que Pascal SIMBIKANGWA conteste avoir vu des morts dans son quartier, il répond :
« Il n’est pas le seul à nier ce qui s’est passé devant le génocide …
Il y a une honte pour eux d’avoir tué des gens.
C’est un acte de bravoure de la part de ceux qui l’ont reconnu. »

Stéphanie Monsénégo

Les mises au point d’Alain Gauthier, président du CPCR

Article d’origine sur le site du CPCR

Après trois semaines et demie de procès, il me paraît nécessaire d’évoquer quelques problèmes rencontrés lors du procès de Pascal Simbikangwa.

1) A propos de la méconnaissance de la culture rwandaise.

Un avocat de la défense s’étonne du comportement d’un « zamu », gardien de maison, qui oserait sortir de la concession pour aller se promener. Il faut savoir qu’au Rwanda beaucoup de propriétés sont gardées par des veilleurs de jour et/ou de nuit. C’est assez souvent le même qui s’occupe aussi du jardin et parfois, lorsque la confiance est établie, il peut lui être demandé de faire le ménage à l’intérieur. Mais il est assez rare qu’un gardien entre dans la maison. La seule clé qu’il possède, c’est souvent celle du portail d’entrée. Un « zamu », lorsqu’il n’a rien à faire, sort fréquemment de la maison. Il va se promener dans le quartier, à la rencontre des autres gardiens. C’est leur seule véritable détente. Ils se rendent aussi parfois au marché pour acheter les légumes dont ils auront besoin car ils font leur propre cuisine. Il n’est pas rare que le gardien ne connaisse pas le véritable nom de leur « patron ». Ils ne connaissent pas forcément non plus la profession du maître de maison. Ignorer cette réalité risque de faire de fausses interprétations. Or, dans ce procès de Simbilangwa, les témoins sont des Rwandais qui s’expriment devant des jurés français qui ne connaissent certainement que très peu ce pays où s’est déroulé le génocide et leurs habitants.

2) Le comportement des avocats de la défense.

C’est à juste titre que monsieur l’avocat général s’insurge contre le comportement de maître Epstein, avocat de la défense, à l’égard des témoins. Cette façon qu’a l’avocat de se placer le plus près possible du témoin, de gesticuler, »l’insupporte ». Cela fait plus de trois semaines que j’ai confié à ceux qui me connaissent que cette façon de faire était une manière de prendre le pouvoir sur le témoin, de le déstabiliser. Surtout quand il s’agit d’un témoin de niveau social peu élevé, comme un agriculteur ou un gardien. Que dire lorsqu’il s’agit d’un rescapé? N’oublions pas non plus que la plupart des témoins viennent pour la première fois dans un pays occidental, qu’il sont passés en quelques heures de leur commune qu’il n’avait presque jamais quittée à une ville agitée comme Paris. Le même problème peut se poser lorsqu’un témoin rencontre des enquêteurs étrangers.

3) Problème de la traduction.

« Traduction, trahison ». Le proverbe latin est d’une actualité criante dans un procès d’assises. On a pu remarquer qu’un des interprètes était venu à plusieurs reprises au secours de son collègue qui ne traduisait pas correctement soit une question, soit une réponse. Un simple petit exemple sans importance peut illustrer ce problème. Plusieurs fois, l’interprète a traduit que les barrières étaient faites en « bouts de bois ». Il aurait pu traduire aussi par « tronc d’arbre », ce qui eut été plus fidèle à l’idée. Les traductions ont pu parfois paraître un peu approximatives à ceux qui, dans la salle, connaissent le kinyarwanda. Je me souviens que le problème avait été aussi évoqué au premier procès de Bruxelles, en 2001. On veut bien faire confiance aux interprètes, mais il faut avoir à l’esprit qu’ils peuvent se tromper. Dans une cour d’assises, ce peut être grave.

4) La lecture d’un plan.

On a pu voir aujourd’hui que certains témoins éprouvent des difficultés à se repérer sur un plan. Ce mode de connaissance ne fait pas partie de leur environnement culturel. N’avez-vous jamais entendu dire votre « copilote », en consultant un plan: « Tourne à droite », alors qu’il fallait tourner à gauche? Un témoin qui ne connaît son environnement que par la préhension physique qu’il peut en faire aura parfois du mal à se projeter sur un plan. On a vu que la difficulté pouvait être surmontée, mais il ne faudrait pas mal interpréter les hésitations du témoin.

Voilà les quelques réflexions que je voulais partager. Le résultat d’un procès d’assises dépend parfois de peu de choses. Il ne faudrait pas que, dans un sens ou dans l’autre, il bascule pour une erreur minime aux conséquences incalculables.

Alain Gauthier
président du CPCR

26-27 février – Les « zamu » à la barre

Mercredi 26 et jeudi 27 février, ce sont les gardiens des résidence, les « zamu » de Kyiovu-les riches, le quartier de Kigali où vivait Pascal SIMBIKANGWA, qui défilent à la barre, pour un examen à la loupe des événements qui s’y sont déroulés et auxquels l’accusé aurait pris part.

Vertige

Etrange vertige que cette analyse microscopique, qui révèle un double fossé, culturel et sociologique entre le tribunal et les témoins.
Me EPSTEIN, pour la défense, s’étonne que l’un d’entre eux ne se souvienne pas du nom de ses patrons. Quand on est un de ces « invisibles »,  chargé d’ouvrir et de refermer les portails, un blanc ou un autre, quelle est la différence ?
L’avocat croit ensuite trouver une incohérence chez un deuxième témoin, qui dit être entré chez Pascal SIMBIKANGWA, sans rien voir de sa maison… et pour cause, pas question pour un homme de sa condition de franchir le seuil du domicile du capitaine.

On apprend également, au détour d’un commentaire  émis par l’interprète, presque en passant, qu’en Kyniarwanda, la langue rwandaise, le mot fusil est invariable.
Un problème de taille,  face auquel la « cartésianité » française en prend un coup.

Des témoins en position d’accusés

La déposition des témoins se mue alors en un véritable interrogatoire, à tel point que l’avocat général, M. STURLESE, se voit contraint d’intervenir :

« Cela fait presque 15 ans qu’on vous questionne … en 2000, 2003, 2011 … et aujourd’hui, on va vous interroger pendant de nombreuses heures encore.
Pour ma part, je suis convaincu que ce que vous avez dit est globalement concordant … si je vous réinterroge, c’est parce que, effectivement, les subtilités du langage, les problèmes de mémoire peuvent expliquer des décalages entre les différentes déclarations.
Et puis, vous avez vécu des choses horribles … vous aimeriez oublier ce que vous avez vécu d’horrible pendant ces 3 mois… »

Le génocide au microscope

Le vertige aussi, c’est de se retrouver, 20 ans après, à décortiquer de micro-événements, des histoires quasiment triviales qui occulteraient presque l’horreur du génocide.

Pascal SIMBIKANGWA a-t-il oui ou non remis un fusil à l’un ? donné des choux et de la viande en conserve aux autres ? … sur les barrières, demandait-il qu’on tue les « Inyenzi » ou les Tutsi ?

C’est que l’instruction, confrontée aux mêmes difficultés que la cour, a préféré écarter les charges les plus difficiles à établir et l’on se retrouve du coup avec un dossier bien maigre par rapport à l’ampleur de la tragédie et à l’influence de SIMBIKANGWA.

Ce « simple civil », ce fonctionnaire « placardisé » comme il aime à le répéter, vivait pourtant dans le quartier des ambassades, à un carrefour stratégique, l’emplacement de sa maison et de celle du fameux « Protais Z » s’inscrivant aux avant-postes de la résidence présidentielle.

Outre son propre « zamu », il avait plusieurs domestiques, mais aussi un chauffeur –du moins jusqu’au meurtre de ce dernier, auquel la rumeur prête une liaison avec Madame SIMBIKANGWA.
Peu de temps avant le génocide, deux gardes présidentiels armés ont été postés devant sa résidence, un luxe pourtant réservé aux « hauts gradés »

Mais il disposait aussi de plusieurs véhicules, il était propriétaire de deux maisons dans Kigali, dont il continuait même à surveiller la construction de l’une d’entre elles pendant la « guerre ».
L’accusé, comme ses avocats, se garde bien, en effet,  de parler de génocide.
Les femmes, les enfants, les vieillards massacrés parce que Tutsi, ne seraient que des victimes collatérales d’un conflit militaire… On se demande alors pourquoi le régime de Kigali n’a pas mobilisé sa belle « défense civile » contre le FPR, pourquoi ces miliciens dûment entrainés n’ont pas été envoyés au front pour se battre contre l’envahisseur venu d’Ouganda.

Rien vu, rien su, rien entendu

Pascal SIMBIKANGWA applique la tactique des grands criminels de masse : rien vu, rien su, rien entendu.

Après deux jours d’un combat pied à pied, sa tactique marque toutefois ses limites : tous les témoins confirment la présence de multiples barrières à proximité de son domicile : à moins d’être aveugle, il ne pouvait pas les manquer.

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Ces barrières avaient plusieurs fonctions.
Les plus grosses, placés aux carrefours stratégiques servaient à filtrer les « Inyenzis ».
Les autres, faites de simples branches d’arbres et moins gardées, devaient également protéger les maisons des riches de la convoitise des Interahamwe.
Toutes, en tous cas, avaient pour mission de tuer les Tutsi qui se seraient aventurés là.

Mais Pascal SIMBIKANGWA maintient qu’il n’a su tout cela qu’en 2004, en lisant des ouvrages en prison.

Des corps ramassés avant leur apparition ?

Pourtant, un témoin déclare :
« On ne pourrait pas mentir qu’on a pas vu des corps, les voitures du ministère public remontaient la route tous les jours avec des corps. A chaque 100 ou 200 mètres, on pouvait voir des corps. On se disait que si le jour se terminait, la nuit n’allait pas nous laisser vivants. »

Devant chez Protais Z, le voisin de Pascal SIMBIKANGWA, considéré comme le chef des escadrons de la mort, les cadavres étaient parfois si nombreux qu’on les empilait pour consolider le barrage.
Pascal SIMBIKANGWA aurait même ordonné qu’on creuse une fosse pour les soustraire aux regards du CICR.

Lui, dit qu’il ne pouvait donner un tel ordre, puisque les services de « ramassage » de la Préfecture se chargeaient de « nettoyer » les rues.

Donc Pascal SIMBIKANGWA, qui n’aurait appris « qu’il y avait des morts » qu’en 2004, connaissait déjà, en 1994, l’existence d’un service de ramassage des corps ? Vertige.

Stéphanie Monsénégo

 

26 février : les gardiens de Kiyovu

article d’origine sur le site du CPCR

« J’ai assisté à un cinéma »

Après avoir qualifié la semaine passée certains témoignages de comédie, Pascal SIMBIKANGWA ne change pas sa ligne de défense. Il ponctue celui de Diogène Nyirishema, gardien d’une maison située à quelques encablures de son propre domicile (dans le quartier de Kiyovu) pendant le génocide, par un tonitruant et goguenard :  »j’ai assisté à un cinéma ! je n’ai jamais rencontré cet homme, je ne le connais pas ».
Pourtant, petit à petit, cette ligne se fracture par endroits : il reconnait avoir écouté la RTLM la veille; et  ce jour-là, y être allé, avoir beaucoup circulé pendant le génocide, et concède même avoir vu trois barrières de miliciens.
Il faut dire que la journée a été épouvante pour l’ancien capitaine.
Les deux temoins de l’après midi  décrivent sur plan son quartier cerné de barrières, dont une, en face de son domicile.
Si Salomon Habiyakare, lui aussi gardien dans le même pâté de maison, est aussi formel que Diogène Nyirishema, c’est que l’un et l’autre ont tenu une de celles-ci.
Plus ou moins contraints, plus ou moins innocemment, mais tous deux l’affirment : ils ont été témoins de meurtres et ont vu des cadavres, partout autour d’eux.
Ils attestent aussi avoir vu Pascal SIMBIKANGWA fournir au moins un fusil à Jonathan Rekeraho, responsable de la barrière près de la maison de son voisin Abderamane Sadala .
« Je l’ai fait par devoir et parce qu’il y avait des réfugiés chez lui, pour sa sécurité, on l’avait oublié ! » s’est défendu l’ex-capitaine. 80 réfugiés, précise-t-il. 
« 80 personnes chez Abderamane Sadala ? C’est un mensonge ! » tonne Diogène Nyirishema à l’adresse de Me Philippart (CPCR).
Comme la veille, Me Epstein s’emploie à attaquer le témoin sur des détails, sans pour autant le déstabiliser. Avec beaucoup de malignité, il lance alors à la salle  »on va passer à la question des barrières, c’est un sujet que vous maîtrisez mieux ».

« C’est insupportable ! « 

Il est  un peu plus de 15h30.
Me Epstein s’approche de la barre, de plus en plus près. Il  assène question sur question en direction du témoin pour tenter de confondre les contradictions de ses précédentes déclarations.
Ce dernier s’agite, s’embrouille.
L’avocat de la défense, toujours plus pressant, pose même alors la main sur la barre.
Diogène Nyirishema s’essuie le visage frénétiquement avec son mouchoir, perd ses moyens. Les esprits s’échauffent, la salle s’agite et l’avocat général Bruno Sturlese explose :  » c’est insupportable ! « .

Incident de séance

Le président Olivier Leurent intervient pour calmer les esprits. Me Epstein lui tourne le dos, tout sourire, face à la salle.
Il revient sur le fond et questionne le témoin sur la nature du fusil donné par Pascal SIMBIKANGWA. Enfin, pour conclure, il cherche à savoir si le témoin ne dissimule pas d’autres intentions, s’il se considère « comme une victime ».
Diogène Nyirishema lui répond d’une phrase « Je ne suis coupable de rien et ne vois pas en quoi je serais une victime ».
Diogène Nyirishema a aussi certifié que Pascal SIMBIKANGWA ravitaillait très fréquemment les barrières en vivres et en armes.
Salomon Habiyakare, lui, n’a vu Pascal SIMBIKANGWA sur une barrière que lors de la livraison du fusil à Jonathan Rekeraho. Mais il confesse avoir surtout gardé la sienne de nuit, en lieu et place de son collègue.
Il est 21 heures ce mercredi soir, et Me Bourgeot avoue à la cour sa fatigue, comme celle de son client  »qui s’endort ». Le président Olivier Leurent reconnait qu’il est tard, que l’ambulance de Pascal SIMBIKANGWA l’attend et suspend l’audience.
Elle reprendra demain avec l’audition de… Jonathan Rekeraho.
Guillaume Brunero.

SIMBIKANGWA n’a pas vu un seul mort durant le génocide

La matinée de ce mercredi 26 février est consacrée à la présentation des plans, photos et films qui permettent à la cour de se repérer dans Kyiovu et dans la maison de Pascal SIMBIKANGWA.

« Je disais n’importe quoi »

Interrogé par la suite sur son emploi du temps durant le génocide, l’accusé est bien contraint d’admettre que d’énormes contradictions se sont fait jour entre ses déclarations lors de sa garde à vue à Mayotte, qu’il confirme en 2009 et celles qu’il fait ensuite en 2011.

S’il indiquait au départ avoir passé la majeure partie du temps du génocide, « à la campagne » dans sa maison familiale à Rambura, il finit par dire le contraire, et indiquer qu’il n’a quitté Kigali que très rarement. Un changement de tactique lié à son changement d’avocats ?

Etonnement du Président LEURENT:
« C’est  étrange qu’il faille attendre février 2011 pour que vous indiquiez l’emplacement exact ou vous étiez à ce moment là ».

Fidèle à ses habitudes, Pascal SIMBIKANGWA biaise et répond à côté, incriminant ses conditions de détention  à Mayotte :
« Je n’arrivais plus à reconnaitre des pommes tellement j’étais décomposé. C’était comme si j’étais sous hypnose, je disais n’importe quoi ».

Pas un mort entre Kyiovu et Gisenyi

Puis les questions portent sur la réalité concrète du génocide : les barrières, les morts.
Pascal SIMBIKANGWA assène, formel et imperturbable jusqu’à l’absurde : il n’a pas vu le moindre cadavre durant le génocide, ce massacre de masse qui a  causé la mort de plus  de 8000 personnes par jour !

« Sur les barrières, depuis Kigali jusqu’à Gisenyi, je n’ai pas vu de morts. Quand je sortais dans mon pick-up, à cause de mon dos, je m’étendais, et je me remettais tout droit quand on nous arrêtait sur la barrière. »

Là il s’arrête se rend compte de sa « gaffe », puisque les victimes étaient justement tuées sur les barrières, et leurs corps entassés sur les bas-côtés. Alors il dévie :

« A mon domicile, à Kyiovu, vous verrez M. Le Président qu’il n’y a pas eu de morts. »

Une maison à géométrie variable ?

Pascal SIMBIKANGWA a décidé de jouer le rôle du Juste, celui qui a sauvé des Tutsi et se voit aujourd’hui accusé de manière inique.

Pourtant, là encore, il s’emmêle dans des contradictions, indiquant à la fois que sa maison était beaucoup plus petite que ce que l’on voit sur les plans établis par les gendarmes et, dans le même temps, qu’il y a  hébergé plus de cinquante personnes simultanément.

Quand on aime, on ne compte pas.

Stéphanie Monsenego