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Procès Simbikangwa: 4 mars 2014 (2)

Article d’origine sur le site du CPCR 

Audition de Pascal Gahamanyi, demeurant aujourd’hui en Suède où il travaille.

Pascal Gahamanyi est le dernier membre de la famille à être entendu par la Cour d’assises: témoin important puisqu’il a passé les trois mois du génocide sous la » protection » de Pascal Simbikangwa.

Le témoin commence par reconnaître, comme son père et ses frères qui ont déjà témoigné, les rapports de bon voisinage qu’il entretenait avec le prévenu, avant le génocide.

Dès la chute de l’avion du président Habyarimana, il se terre avec les siens dans leur maison de Kiyovu, à Kigali: c’est la consigne reçue des autorités via la radio nationale. Dès le 7 avril au matin, leur demeure est attaquée par des militaires: la famille se disperse mais le témoin décide de revenir pour savoir où se trouve sa maman. Il se fait plaquer à terre, le fusil sur la tempe et ne devra son salut qu’à l’arrivée de sa mère, Hutu, qui supplie les agresseurs de ne pas tuer son fils. A peu près en même temps, Pascal Simbikangwa, alerté par son domestique, aurait crié aux assaillants de ne pas s’en prendre à cette famille. Le jeune Pascal va se rendre alors chez Simbikangwa où il reconnaît les deux gardes du corps de ce dernier: ils faisaient partie de ceux qui avaient voulu l’éliminer quelques instants plus tôt.

Va commencer alors pour le jeune Pascal ce qu’il va appeler ses trois mois « d’enfer » au contact permanent des deux gardes qui ont voulu le tuer et qui ne cesseront de le menacer jusqu’à la fin du génocide. S’organise alors la première fuite relatée par ses frères mais à cause de sa taille, et probablement « trop Tutsi », il ne fera pas partie du voyage: c’est ce qu’a décidé Pascal Simbikangwa. Ce n’est que début juillet qu’il rejoindra le Zaïre, avec l’aide de son hôte à qui il faussera compagnie à cause de la menace que le propre frère de Simbikangwa, Bonaventure Mutangana, fera encore peser sur lui. Contrairement à ses frères et à sa maman, il ne se rendra pas en Suisse mais il reviendra au Rwanda où il va vivre jusqu’en 1999 avant de décider de rejoindre la Suède où il vit actuellement.

Les questions du président seront pratiquement les mêmes que celles qu’il a posées à ses frères: présence d’un drapeau du MRND dans le salon? Le témoin confirme. Livraisons d’armes? Là encore, Pascal Gahamanyi confirme, même si sa version des faits n’est pas tout à fait semblable à celle de son frère Michel. Simbikangwa avait-il des problèmes de couple? Le témoin confirme encore: à plusieurs reprises il a entendu la femme de son voisin crier suite à une querelle. Simbikangwa tenait-il des propos anti-Tutsi? « Il ne se gênait pas pour dire que les Tutsi étaient des ennemis. » D’autres questions sur la raison pour laquelle leur famille avait été attaquée: « Ils cherchaient mon père pour nous tuer tous ensemble. »

Une affirmation revient, lancinante, dans la bouche du témoin: « Les gardes de Simbikngwa voulaient me tuer. » On a d’ailleurs l’impression que cette peur habite encore Pascal Gahamanyi, vingt ans après. Et toujours ce frère militaire, Mutangana, qui ne supporte pas sa présence. Pendant la durée de son séjour, le témoin rapporte que Simbikangwa sortait souvent, comme s’il partait au travail. Il dénonce le comportement des gardes qui se vantaient d’aller tuer dans le quartier. Il leur arrivait d’ailleurs de revenir mains et habits tachés du sang de leurs victimes. Ils auraient même tué le chauffeur de Simbikangwa qui ne semble pas avoir réagi d’une manière tellement efficace! Pourquoi n’est-il par resté chez sa tante à Kabaya avec son frère lors d’un voyage dans le Nord avec Simbikangwa? Sa présence risquait d’attirer des ennuis aux autres membres de la famille. Le témoin évoque aussi la fausse carte d’identité que va lui procurer Simbikangwa: vraiment utile, car c’est un faux assez grossier?

Et toujours cette question sur la présence de cadavres que Simbikangwa n’aurait jamais vus pendant toute la durée du génocide. « Impossible » se contente de dire le témoin.

Pascal Gahamanyi reconnaît que Simbikangwa lui a sauvé la vie, mais on sent comme un regret qu’il a du mal à exprimer: « Il aurait pu faire plus, me conduire dans une zone plus sûre, à Butare, par exemple! »

Autre question: « Les témoins ne peuvent pas dire des choses positives sur Simbikangwa, ils courent des risques? » La réponse est immédiate: « Ce n’est pas dangereux sinon je ne l’aurais pas dit. J’ai dit ce que j’ai vu. Si j’avais parlé à partir de ce que j’ai lu sur Simbikangwa, j’aurais dit beaucoup plus. » « Pourquoi Simbikangwa vous a-t-il sauvé la vie? » « Il a fait ce que tout le monde aurait dû faire. Je ne sais pas s’il voulait rendre service à mes parents. Il n’y avait pas de relations particulières entre eux. Il ne m’a pas sauvé par affection, j’étais simplement son petit voisin. »

L’avocat général va rappeler au témoin les propos plus précis qu’il a tenus devant les enquêteurs du TPIR, surtout concernant les propos de Simbikangwa aux barrières: « Simbikangwa était reconnu. Il s’adressait aux gardiens: »Nous vaincrons, il faut combattre les Tutsi et ne pas laisser passer les Inyenzi! ». Pascal Gahamanyi confirme en ajoutant que Simbikangwa n’a jamais sauvé personne aux barrières.

Vont suivre enfin les traditionnelles questions de la défense au témoin. Maître Epstein débite une série de questions en rafales mais on le sent moins combatif. Il donne l’impression de se résigner peu à peu. Le comportement de son client y est-il pour quelque chose? Maître Bourgeot, quant à elle, a toujours le chic de faire des réflexions déplacées, sans pour autant qu’elle s’en rende compte:  » Vous n’êtes pas parti avec vos frères à cause de votre physionomie de Tutsi que je laisse à l’appréciation de la cour! » Que sous-entend-elle en terminant ainsi son intervention? Une dernière question/affirmation cependant: « Vous avez vécu trois mois d’enfer. Je ressens une certaine colère en vous. ». Réponse du témoin: » Vous vous trompez, je n’ai pas de colère. » Le ton était cette fois presque compatissant. La défense baisse-t-elle la garde?

Comme à l’accoutumée, lors de la séance de questions au prévenu, Simbikangwa va sa lâcher et reprendre tous les poncifs qu’il nous a donné l’occasion d’entendre si souvent. Il a l’art de ne jamais répondre aux questions qui lui sont posées, d’embrouiller tous ceux qui aimeraient savoir. Au détour d’une périphrase, il nous apprend que sa soeur était amoureuse du témoin, à son insu, met presque en doute la mort de son chauffeur… Quant aux témoins, « ils ne mentent pas, ils récitent. Ils développent une stratégie de manipulateurs ». Tout cela, c’est bien sûr la faute « d’Ibuka avec le fameux Alain Gauthier qui est là et qui a beaucoup d’argent. Il entretient la haine. » Une obsession! Et parlant du témoin: « Cet homme, je l’ai sorti du cercueil. Il aurait dû me rendre le peu de services que je lui ai rendus. Ce n’est pas un homme libre. C’est la haine (qui l’habite), la haine de ceux qui ne veulent pas que les hommes se réconcilient. J’ai beaucoup aimé cet enfant. Il a manqué de forces. Ma soeur (aimée par un militaire mais amoureuse du témoin, ndlr) a choisi le prince et pas le chevalier. Je suis déçu. Il m’a déçu mais je ne regrette rien. »

Probablement troublé, l’accusé va conclure en confondant les couleurs du drapeau rwandais de l’époque avec les couleurs du MRND… « Pour un officier… » glissera malicieusement l’avocat général.

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 4 mars 2014 (1)

Article d’origine sur le site du CPCR

Audition de Michel Gahamanyi, comptable.

« J’ai connu Simbikangwa comme voisin. Il nous arrivait de nous rendre chez lui pour regarder la télévision ou un film. C’était un bon voisin. » C’est ainsi que commence la déposition spontanée du témoin. Il n’a pas vraiment connu le prévenu avant le génocide car il était interne dans un collège en dehors de Kigali. Le témoin rappelle que pendant la journée du 7 avril ils sont restés chez eux, conformément aux consignes diffusées par la radio. Le 8 au matin, des soldats tentent de rentrer dans la maison de la famille Gahamanyi en escaladant le portail. Le père de famille demande alors à ses enfants de fuir chez les voisins. Seul Pascal, un des fils, est revenu dans la maison à la recherche de sa mère qu’il croyait à l’intérieur. Les militaires ont plaqué le jeune homme à terre et lui ont mis une arme sur la tempe. La maman est alors arrivée pour demander la grâce de son fils. De chez Sebazungu, le père de famille a appelé Simbikangwa pour voir s’il pouvait faire quelque chose. Le témoin, accompagné de son frère Albert, d’un certain Jean d’Amour et du « boy » se rend chez Simbikangwa. Le papa s’est fait transporter à la préfecture de la ville de Kigali sur ordre du préfet Renzaho que Simbikangwa avait conseillé d’appeler. Parmi les assaillants du matin, Pascal, le frère du témoin, a reconnu les deux gardes du corps de Simbikangwa, ce que ce dernier va contester. Contrairement aussi à ce que le prévenu prétend, la maman, Thérèse, ne logera jamais chez lui puisqu’elle s’est réfugiée chez un autre voisin.

Michel Gahamanyi, après avoir signalé les visites du frère de Simbikangwa, Bonaventure Mutangana, va relater l’épisode d’une livraison d’armes en donnant des détails fort précis. Simbikangwa est venu avec des armes et une fois qu’elles ont été prêtes, il est reparti avec. Pour les distribuer? Il décrit aussi l’exécution de deux personnes sur la barrière dite des « Chinois », à une centaine de mètres plus bas. Il observe la scène du jardin de Simbikangwa et signale qu’il a vu passer des camions avec des cadavres entassés à l’arrière. Son récit continue par la relation de deux tentatives de départ pour quitter Kigali. La voiture dans laquelle il se trouve est arrêtée à une grosse barrière et il doit rebrousser chemin: il revient chez Simbikangwa. Ce dernier, quant à lui, arrivera à passer cette barrière sans trop de difficultés. A la seconde tentative, il réussira à passer et restera chez sa tante à Kabaya. Le jeune Pascal, plus grand et « trop Tutsi » restera l’hôte de Simbikangwa pendant toute la durée du génocide. Le témoin retrouvera finalement sa mère et ils pourront partir en Suisse jusqu’à leur retour au Rwanda fin 1995.

A Kiyovu, Pascal, selon son frère, vit dans la terreur, à la fois des gardes de Simbikangwa qui ne rêvent que de le tuer, et du frère de ce dernier, Bonaventure Mutangana, qui veut aussi sa mort (Mutangana vit aujourd’hui dans la région parisienne, ndlr).

Va suivre alors la traditionnelle séance de questions destinées à éclairer des zones qui sont restées un peu obscures. Nous apprendrons que, selon le témoin, Simbikangwa avait le pouvoir de le laisser en vie ou de le laisser mourir. Il n’est pas rare, lors de cette étape de l’audition, que les témoins soient mis en face de leurs contradictions: problèmes liés à la mémorisation des faits près de 20 ans après, ou bien au traumatisme causé par la situation de stress dans laquelle se trouve alors le témoin. Ou pour d’autres raisons encore.

Maître Bourgeot, pour la défense, se hasarde à une explication:  » C’est un cas de conscience, pour vous, de venir témoigner pour Simbikangwa? » Réponse du témoin: « Pas du tout. Je voulais participer à la justice. S’il m’a sauvé mais qu’il en a fait tuer d’autres! » La façon de procéder de l’avocate irrite une nouvelle fois l’avocat général: « Vous faites durer pour durer », faisant allusion aux questions répétitives de l’avocate, questions qui ne font en rien progresser les débats.

Et lorsque son tour de parole revient, Simbikangwa retrouve ses vieux démons. Commentant le témoignage qu’il vient d’entendre: « Je viens d’assister à une scène fictive. A Gisenyi, personne n’a reçu d’arme de Simbikangwa. A Kiyovu non plus… Michel tient le même langage qu’Ibuka, même langage qu’Alain Gauthier… C’est une cabale… Ibuka ne veut pas la réconciliation nationale… Ibuka fait le recensement de tous les Tutsi au Rwanda pour rétablir les divisions… »

L’audition se termine sur ces paroles. Restera à entendre le dernier témoin de la journée, Pascal Gahamanyi, le frère des précédents. Ce témoignage est attendu car c’est le seul de la famille Gahamanyi qui est resté chez Simbikangw jusqu’à la fin du génocide.

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 3 mars 2014 (2)

Article sur le site du CPCR 

Audition d’Albert Gahamanyi, fils de Célestin, 15 ans en 1994.

Le témoin, après avoir souligné qu’il vivait en bon voisinage avec Simbikangwa, évoque l’attaque des militaires le 7 ou le 8 avril: « On a eu peur, on s’est enfui. On est allé chez des voisins le temps que les militaires s’en aillent. On est allé chez Simbikangwa en passant par la clôture. Il nous a dit que nous n’avions rien à craindre chez lui. Je suis resté 4 nuits et 5 jours. » Simbikangwa les a alors conduits en voiture, avec sa mère et deux frères, jusqu’à Rambura, chez son père. Puis direction Gitarama. Le témoin s’est ensuite rendu à Butare avec sa soeur, puis à Gikongoro, en zone Turquoise, d’où les militaires les ont aidés à rejoindre le Burundi.

Le témoin rapporte qu’il y avait un « foulard » aux couleurs du MRND au mur du salon de Simbikangwa. Des membres du MRND venaient chez lui. Il n’a jamais vu le prévenu se rendre à des meetings du MRND, mais il l’a vu partir « habillé aux couleurs du MRND » et « revenir en disant qu’il avait participé à un meeting. » Le capitaine recevait des militants civils et des militaires chez lui, il était intéressé par la politique. Il ajoute qu’il « s’énervait, qu’il était toujours de mauvaise humeur, colérique », mais pas avec lui.

Le président présentera ensuite des photos de la maison de Simbikangwa ainsi qu’un plan du quartier, les quelques maisons autour de chez lui. Le témoin rappelle que sa mère est restée chez Nyiragire alors que Simbikangwa prétendait qu’elle avait logé chez lui! Chez le prévenu, en plus des Gahamanyi, il y avait la famille Higiro, la femme du pasteur hutu Twagirayezu et des enfants. Probablement pas une vingtaine de Tutsi!

Simbikangwa conteste que ses deux gardes aient participé à l’attaque de la famille Gahamanyi. Il a même hurlé aux militaires de ne pas s’en prendre à cette famille qui n’héberge pas d’infiltrés. Albert Gahamanyi atteste que les gardes de Simbikangwa sortaient parfois et revenaient, après avoir tiré, pour nettoyer leur fusil: ils auraient tué des gens dans la rue! Ce que conteste encore Simbikangwa!

Lors du déplacement vers Gisenyi, le témoin évoque le passage aux nombreuses barrières. Généralement, ils passaient sans encombre, sauf à une barrière. Simbikangwa a dû discuter, il avait peur pour sa belle-soeur. Albert signale de nombreux cadavres aux barrières; ils ont même croisé des camions remplis de corps. Mais Simbikangwa est bien le seul à n’avoir rien vu! Les interventions de Simbilangwa étaient très efficaces pour passer les barrières.

Les avocats de la défense vont ensuite poser toute une batterie de questions dont les réponses n’apportent pas un véritable éclairage sur le témoignage d’Albert Gahamanyi. Maître Bourgeot va même poser une question dont la réponse avait pourtant été déjà donnée avec une grande clarté. Il faut dire que l’avocate est parfois un peu distraite!

Simbikangwa, à la barrière, aurait dit en s’en allant, en direction des Interahmwe: « Mukomere ». Simbikangwa va prétendre que c’est une façon de saluer dans sa région. Plus généralement, c’est une façon d’encourager, ici les Interahamwe. Simbikangwa a l’art de jouer sur la bivalence des mots, souvent faite pour tromper les étrangers, les jurés dans ce procès.

A la question du président: « C’est courageux de venir dire aux assises que vous remerciez Simbikangwa de vous avoir sauvé! » « Je ne pense pas, répond le témoin, je suis libre de le faire. » Il rajoute que Simbikangwa l’a sauvé, mais il n’est pas le seul. Albert a été sauvé plusieurs fois  pendant le génocide.

Simbikangwa va ensuite être très louangeur à l’égard d’Albert Gahamanyi: « Il a fait un effort extraordinaire d’intégrité, d’honnêteté, mais il y a des petites choses… »

Le prévenu conteste le fait qu’ il y ait eu un petit magasin juste à côté de la cuisine dans sa maison de Kiyovu. Pourtant, pour bien connaître le Rwanda, je peux affirmer que toutes les maisons au Rwanda, quelle que soit leur importance, possèdent ce genre de « débarras » où l’on stocke les provisions, le matériel de cuisine, les légumes, etc…

Pour justifier le fait qu’il n’ait jamais vu de cadavres au barrières, Simbikangwa redit qu’il voyageait un peu allongé pour soulager son dos et qu’il ne se redressait qu’aux barrières. C’est pourtant là qu’il y avait beaucoup de cadavres…

Simbikangwa va revenir sur le témoignage d’Albert: « Je suis agréablement surpris. C’est extraordinaire, sa liberté (de parole) me surprend ». Et d’en rajouter: « En France, on a fabriqué les dossiers. Quant à Albert, sa parole est libre, plus libre que les autres. Si les Rwandais avaient ce courage de faire comme il fait, je serais libéré. »

Maître Daoud va poser une dernière question, malicieusement: « Je confesse que je n’ai pas été très rigoureux. Je n’ai pas lu le rapport psychologique vous concernant. Vous êtes un homme brillant, vous avez un charisme important, une personnalité extraordinaire. Je ne comprends toujours pas que, la présence des cadavres, vous êtes l’un des rares à ne pas en avoir vu! C’est difficile d’affronter l’acte d’accusation? »

Va suivre une longue réponse qui va être écoutée dans un grand silence. Je ne peux résister au « plaisir » de la livrer dans sa quasi intégralité.

»Votre question est complexe. On m’accuse de complicité de génocide et de crime contre l’humanité. A Gisenyi, avez-vous vu un seul mort contre moi? A Kigali? Quelques témoins contre moi, fabriqués, confectionnés, éduqués, nourris par la cupidité d’Ibuka. Ces gens-là se contredisent. J’aurais eu la volonté d’exterminer partie ou totalité des Tutsi? Personne, même si je suis condamné, personne ne me convaincra que j’ai aidé à exterminer la famille de ma mère tout en protégeant celle de mon père. J’ai essayé d’aider. Bagosora ne m’a pas pris comme réserviste. Sindikubwabo, le président intérimaire, était le beau-père de celui qui m’a torturé, Iyamuremye. On m’a accusé d’être le chef de la criminologie. On m’a accusé d’avoir frappé un journaliste. Les Gacaca de Kigali ne m’ont pas condamné, pas plus que les Gacaca de Gisenyi (c’est pourtant faux car Simbikangwa a été condamné à trente ans de prison! ndlr). Tout a été inventé en France. Tout a été amené par monsieur Alain Gauthier. Et on m’accuse d’être complice de crime de génocide et de crimes contre l’humanité? »

Ultime réflexion de maître Daoud: « Vous êtes innocent puisqu’on ne peut pas amener des morts qui peuvent vous accuser? »

« Mon Dieu! Mon Dieu! réplique Simbikangwa. La personne que j’aime sur la terre, c’est le corps de ma mère qui n’a pas eu de sépulture. Ma main n’a jamais trempé dans le sang! »

Ce sera le mot de la fin.

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 3 mars 2014 (1)

Article d’origine sur le site du CPCR

Audition de Célestin Gahamanyi, haut fonctionnaire au Ministère de l’Intérieur en 1994.

En visio-conférence de Kigali.

La déclaration spontanée du témoin se résume en peu de mots: « Je n’avais rien de spécial à signaler sur Simbikangwa. Je ne sais pas grand chose car au moment des faits j’étais absent de Kigali. Après le 8 avril, j’étais parti de mon domicile. Je ne connais rien à son sujet. »

Lors de la séance des questions, le témoin, âgé de 75 ans, rappelle que dans les années 90/94 tout était « compliqué ». « La guerre dominait, tout le monde avait peur. Le FPR avançait, présenté comme un ennemi commun. Tout le monde cherchait à savoir comment sortir de Kigali à cause de la RTLM. Les ministres eux-mêmes avaient peur. » Monsieur Gahamanyi, étonnamment, ne connaît pas la réputation de Simbikangwa. Il se contentera de dire que c’était un bon voisin, finira par dire que des militaires sont venus chez lui à deux reprises le 8 avril, « probablement pour nous tuer. » Il demande alors à sa femme et ses enfants de fuir chez les voisins. Lui-même se rend chez un autre voisin, Sebazungu et finira par bénéficier de l’aide du préfet Renzaho qui enverra une voiture pour l’évacuer vers la Préfecture de la ville de Kigali. C’est Simbikangwa qui lui avait conseillé d’appeler le préfet. Il verra des hommes entrer et sortir en armes alors qu’il avait parlé de « distribution d’armes » aux enquêteurs. Quant à sa femme, elle se réfugiera chez un autre voisin, monsieur Nyiragire, que Simbikangwa prétend ne pas connaître, ou si peu. Ses fils iront chez Simbikangwa, mais cela il ne l’apprendra que plus tard. Renzaho, qui se rendait souvent à Gitarama, acceptera de conduire le témoin qui se cachera au séminaire de cette ville. Ses fils et sa femme finiront par bénéficier de l’aide de Simbikangwa, seul Pascal restant chez ce dernier. Le témoin reconnaîtra avoir rencontré le père de Simbikangwa chez lui et au bureau: une affaire de vente de maison à régler au bénéfice de son fils.

Monsieur Gahamanyi répète ce qu’il a dit lors de son audition: « Je souhaite que Simbikangwa soit grâcié. » Il le remercie d’avoir sauvé son fils Pascal, même s’il a vu Simbilangwa en tenue militaire.

A la fin de l’audition, Simbikangwa se penche hors de sa « cage » et tente de faire un signe de la main en direction de monsieur Gahamanyi. En vain. Mais il se félicitera du soutien de son ancien voisin.

La première question du président va embarrasser le prévenu: « Monsieur Gahamanyi vient de vous apporter son soutien alors qu’il est à Kigali. Le témoin ne serait donc pas manipulé? »

Comme à son habitude, Simbikangwa ne va pas répondre à la question mais s’insurger: « Madame le Procureur vient de faire une faute grave contre moi. Ce n’est pas la justice. Elle a dit que monsieur Gahamanyi aurait dit du mal de moi. C’est de la manipulation de l’opinion: c’est inacceptable. J’aurais aimé qu’elle soit juste avec moi. » Et de poursuivre en s’en prenant une nouvelle fois à l’association Ibuka au Rwanda qui organise « une chasse aux sorcières » avec le « Collectif qui lui est affilié. » En disant ce qu’il dit, « monsieur Gahamanyi se protège! »

Le président ayant lu le témoignage de madame Gahamanyi qui parle des nombreuses barrières, le prévenu s’insurge. Il rappelle qu’il a aidé des gens, qu’il a été courageux mais ne peut s’empêcher de redire que « Gauthier, avec son argent, corrompt tout le monde. ». C’est son idée fixe!

Maître Foreman en remet une couche: « Pourquoi monsieur Gahamanyi a-t-il dit qu’il n’a pas eu de pression? »

Réponse énervée: « Vous faites partie de ceux qui créent des problèmes… Votre association, c’est la terreur. Il faut arrêter de diviser les Rwandais. »

Pour se donner le beau rôle, en réponse à une question de l’avocat de la LICRA concernant l’attaque de Gardes présidentiels chez les Gahamanyi: « Ce sont des fous! » Et de réaffirmer, en contradiction avec beaucoup de témoignages, que jamais il n’a porté de tenue militaire.

Fin de la première audition de la matinée.

Lecture de l’audition de Dieudonné Nyetegeka par les enquêteurs.

Nous avions appris que le témoin suivant, Dieudonné Nyietegeka, trésorier des Interahamwe, ne souhaitait plus être entendu en visio-conférence de son exil canadien. Le président décide alors de lire sa déposition. D’avril à mai 1994, il a rencontré Simbikangwa à trois reprises:

1) le 9 avril 1994. Il a rencontré le prévenu à la RTLM et rapporte certains de ses propos: « Il faut être vigilant et se venger contre les Ibyitso. il faut inciter à la haine contre les Tutsi. » Il était en chaise roulante et habillé d’un treillis.

2) fin avril 1994. Il aurait vu Simbikangwa à une barrière, la plus dangereuse de Kigali, en compagnie de Bernard Maniragaba. Le témoin rentrait de Butare à Kigali. Il s’agissait d’une « barrière où passaient beaucoup de Tutsi. Simbikangwa aurait dit de « ne pas se fier seulement aux cartes d’identité. » Des corps gisaient près de la barrière. Simbikangwa semblait avoir de l’autorité sur les gens qui tenaient la barrière.

3) première quinzaine de mai. En repartant pour Butare, à la barrière de Gitikinyoni, près de l’embranchement de la route qui part vers Ruhengeri, le témoin aurait vu Simbikangwa s’entretenir avec le gardien de la barrière, Joseph Setiba, condamné à la réclusion à perpétuité. Le témoin rappelle que tout le monde avait peur du prévenu; c’était plus qu’un major.

Simbikangwa, évidemment, ne connaît pas ce témoin. Il aurait « acheté sa liberté » auprès du TPIR.

A maître Simon, il confesse: « Je sais qu’il y a eu des morts sur les barrières mais j’ai eu la chance de ne jamais en voir ». Puis d’ajouter, évoquant les problèmes du Rwanda: « Les Hutu et les Tutsi, c’est comme les Wallons et les Flamands! »

« Etiez-vous résistant après la mort d’Habyarimana? » demande maître Daoud.

« Avant la mort d’Habyarimana j’étais pour qu’on donne plus de place au FPR! (cf. son interview de Reporters sans Frontières. Selon moi, cette interview était donnée en direction des étrangers. Comme lorsque Habyarimana s’exprimait, ou lorsqu’on utilisait le terme « travailler » pour « tuer »!). Simbikangwa se fait encore passer pour le sauveur de nombreux réfugiés.

Les avocats de la défense feront ensuite la lecture des pages 83 à 89 du livre de Thierry Cruvelier « Le tribunal des vainqueurs » pour souligner le fait que Dieudonné Nyetegeka avait été un témoin hyper protégé et qui avait obtenu de ne pas être jugé pour services rendus au TPIR.

 

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 24 février 2014

Article d’origine sur le site du CPCR

Audition de Théoneste Habarugira.

Le témoin commence par évoquer une réunion qui s’est tenue le 7 avril 1994 en fin d’après-midi à l’école de Kibihekane, réunion au cours de laquelle sont décidés les massacres du lendemain sur la colline de Kesho. La présence de Simbikangwa est précisée, ainsi que les quelques paroles qu’il aurait prononcées concernant l’élimination des Tutsi à Kesho le lendemain.. Une « réception » est organisée en fin de journée au bar du conseiller Sebatware. Les tueurs partiront le lendemain vers Kesho mais devant la résistance des Tutsi, ils rebrousseront chemin pour aller chercher le renfort des militaires. Simbikangwa leur fera remarquer qu’ils n’ont pas combattu comme des militaires. Le lendemain, après avoir pris de l’essence chez Jaribu, le directeur de l’usine de thé, et ce pour incendier l’église qui se trouve au sommet de la colline, les tueurs se rendront de nouveau à Kesho en compagnie de militaires tels que Bagosora et Simbikangwa. Près de 1500 Tutsi seront tués ce jour-là.

Fin avril début mai, Simbikangwa aurait été vu en train d’entraîner les Interahamwe: il donnait des ordres aux militaires qui les transmettaient aux miliciens. Le témoin reconnaît qu’il a participé au génocide, qu’il a plaidé coupable.

Va suivre ensuite une série de questions qui va permettre au témoin de donner des précisions sur ce qu’il vient de dire:

Simbikangwa était fort écouté car il était proche du président.

Simbikangwa était quelqu’un de méchant et de fort agressif.

Simbikangwa a bien participé à la réunion du 7 avril à Kibihekane, réunion au cours de laquelle il aurait dit qu’il faut tuer les Tutsi et qu’il fallait aller à Kesho: « Nous devons éliminer l’ennemi où qu’il soit. »

Le témoin rapporte aussi que Simbikangwa participait bien à la rencontre de Kabaya, en 1992, au cours de laquelle Léon Mugesera a prononcé son fameux discours anti-Tutsi (Mugesera a été extradé par le Canada vers le Rwanda où il est actuellement jugé, ndlr).

Suite à la question de maître Daoud, le témoin reconnaît qu’il a tué des gens aux barrières mais il indique aussitôt que personne au Rwanda ne lui a demandé d’accuser le prévenu et qu’il est venu dire la vérité. A la question de maître Simon Foreman, avocat du CPCR, de savoir si des armes ont été distribuées, le prévenu répond par l’affirmative.

C’est alors au tour des avocats de la défense d’interroger le témoin. Maître Epstein est bien le seul à avoir compris que le témoin aurait dit que Simbikangwa n’était pas à Kabaya. Remous dans la salle, ce qui agace l’avocat de la défense. Colère de maître Daoud lorsque maître Bourgeot, autre avocat de la défense, revient sur le sujet.

Parole est enfin donnée à Pascal Simbikangwa. Fidèle à sa défense, il s’exprime avec une certaine agressivité. En substance:

– « L’homme qui vient de témoigner devant vous, je ne l’ai jamais rencontré. »

– Je ne suis jamais allé chez Zigiranyirazo.

– Tout ce qu’on entend, ce sont des « conneries » (sic).

– Ces gens-là ont appris à mentir.

– De ma vie, je n’ai jamais mis les pieds à Kibihekane. Les gens racontent les récitations après la victoire du FPR; »

En direction de maître Daoud qui lui pose une dernière question:  » Je n’ai pas de compassion envers les assassins. Je vous demande de ne pas en avoir. »

 

Audition de José Kagabo.

Le professeur Kagabo, historien à l’EHESS,  viendra à son tour à la barre pour rappeler le rôle de Simbikangwa dans l’affaire Lizinde, accusé par le régime Habyarimana d’être responsable d’une cinquantaine d’exécutions de personnalités de la république précédente. Condamné à mort puis à la réclusion à perpétuité, Lizinde sera libéré de la prison de Ruhengeri par le FPR (attaque qui déclenchera le massacre des Bagogwe, ndlr). Le témoin accuse Simbikangwa d’avoir fait torturer Lizinde et de l’avoir soumis à des traitements dégradants. Sera ensuite évoquée la publication du livre du prévenu, « La guerre d’octobre », déjà évoqué au cours de ce procès. Monsieur Kagabo soulignera enfin l’omnipotence de Simbikangwa dans son groupe clanique de la préfecture de Gisenyi.

 

Audition de Jean de Dieu Bihintare, agronome à Gishwati en 1994.

Cette audition se résumera à une séance de questions dans la mesure où le témoin n’a pas l’intention de faire une déclaration préliminaire. Le témoin est un tueur repenti. Evoquant la réunion de Kibihekane, le témoin confirme la présence de Simbikangwa, ainsi que celles de Bagosora, de Mpiranya et d’autres autorités civiles. Ordre était donné d’aller sur les barrières. Arrivé en retard à la réunion, contrairement à d’autres témoins, il n’ pas entendu l’intervention de Simbikangwa. Il ajoutera que ce n’est pas l’état rwandais qui l’envoie: « Je dis ce que je sais sur Simbikangwa. S’il dit qu’il était à Kigali, c’est à lui de fournir les preuves. Si je viens pour lui nuire, la justice le rétablira dans ses droits. »

Le témoin a vu passer beaucoup de véhicules à la barrière où il se tenait:  » Simbikangwa est passé mais ce n’est pas lui qui conduisait. »

Entre-temps, Simbikangwa avait repris ses propos obsessionnels:  » Tout ce qu’on a raconté est une machination, un montage lié à la méchanceté, à la haine, au refus de la reconnaissance de l’innocence. J’ai l’impression que cet homme a été manipulé par Ibuka (association d’aide aux rescapés, ndlr) qui prépare au mensonge.

« Vous êtes un juste »? lui demande maître Daoud. « Je le pense!’ J’ai fait un devoir d’homme respectable. J’ai eu la chance d’avoir des gardes qui m’ont permis de sauver des gens en difficulté. »

Et de terminer en disant qu’il y a erreur sur sa personne, qu’on le prend pour quelqu’un d’autre. « Je suis poursuivi par des Français: Alain Gauthier m’a jeté en prison! »

 

Audition de Gaspard Gatambiye, rescapé, technicien à l’usine de thé.

Une grande partie de sa famille a été tuée pendant le génocide, son père ayant déjà trouvé la mort en 1993 parce qu’il était Tutsi. Le témoin, manifestement ébranlé par le fait de venir témoigner en France, évoque des méfaits de Simbikangwa mais mélange les dates. La défense aura beau jeu de le prendre en défaut. Il parle d’une rencontre de Simbikangwa à Muteho, la fixant dans un premier temps en 1994. En réalité, il s’agira de 1991, après la mort au front du major des FAR, Rwendeye. Il avoue qu’il est traumatisé: d’où les imprécisions dans les dates. Evoquant son audition par les enquêteurs français en 2010, il reconnaît qu’il va abréger l’entretien dans la mesure où sa convocation a été largement diffusée autour de lui. Le témoin est manifestement terrorisé:  » Je suis aujourd’hui en France mais mon coeur n’est pas tranquille », finira-t-il par dire. Il accuse Simbikangwa de mentir sur le rôle de l’association Ibuka dont il est président dans son secteur.

L’avocate générale, prenant la parole, va prononcer des paroles lourdes de sens qui ne tempéreront pas les ardeurs des avocats de la défense lorsqu’il reprendront la parole.

« Je voudrais faire une observation, commence-t-elle. On regrette de vous avoir fait citer comme témoin car on mesure les risques que vous encourrez. On n’a pas assez mesuré la situation aujourd’hui. Vous êtes dans une situation impossible. C’est nous qui vous y avons mis ». L’émotion est palpable dans la salle. Le problème de la protection des témoins est clairement évoquée, et pas dans le sens où la défense veut bien l’entendre.

Une fois encore, c’est Pascal Simbikangwa qui aura le mot de la fin:  » Ce monsieur Gatambiye n’est pas celui que je connaissais. C’est un autre Gatambiye. Il y a une supercherie. » Faisant allusion à la mort d’un professeur dénoncée par le témoin:  » En 1991, j’aurais demandé qu’on tue un professeur? Je suis chrétien! Je n’ai jamais tué une mouche. Ce monsieur est un menteur. »

Une nouvelle fois on s’en tiendra là. Simbikangwa serait bien le seul à dire la vérité… Et il est bien le seul à le croire.

président du CPCR

Revue de presse

La justice aux sources du génocide rwandais par MARIA MALAGARDIS, publié le 16 Février 2014 sur le site du journal Libération :  l’article sur le site de Libération

Genocide hunters : Fight for Rwandan justice,  publié le 4 Février 2014, sur le site de la BBC News Africa : l’article sur le site de la BBC

ALAIN ET DAFROZA GAUTHIER : LES TRAQUEURS DE GÉNOCIDE
par Caroline Lumet publié le 18 Février 2014 sur le site du journal Grazia : l’article sur le site Grazia

Les Gauthier, chasseurs de génocidaires rwandais par Gaël Cogné
publié le 04 Février 2014 sur le site de France TV Info  : l’article sur le site francetvinfo

« C’est l’un des Himmler de Kigali »par Nicolas Jacquard publié le 5 Février 2014 sur le site Le Parisien : l’article sur le site le parisien

Wheelchair-bound ex-soldier charged with Rwanda massacre
par Dimitar Dimitrov sur le site standartnews : l’article sur le site standartnews

Lovci genocidy. Manželský pár pátrá po zločincích z Rwandy
publié le 9. února 2014par Judita Císařová sur le site lidovky :  l’article sur la site lidovky

 

 

 

Procès Simbikangwa: 20 février 2014

Article d’origine sur le site du CPCR

Audition de Venanse Munyakazi.

Monsieur Munyakazi  était fonctionnaire d’Etat en poste à l’imprimerie nationale au Rwanda dans les années 90.

Monsieur Munyakazi commence par évoquer les circonstances de ses rencontres avec Pascal Simbikangwa. Ce dernier venait à l’imprimerie nationale pour voir où en était l’impression des journaux qu’il finançait ou auxquels il participait. Le témoin évoque les nombreuses venues du prévenu, parfois avec Hassan Ngeze. Simbikangwa faisait pression pour retarder la sortie d’un journal afin d’y insérer un nouvel article; il s’assurait aussi parfois qu’un journal d’opposition soit empêché de paraître. « On avait peur de lui », ajoute-t-il.

Dans un deuxième temps, le témoin évoque un appel de Simbikangwa qui lui demande de se présenter au bureau du SCR (Service Central de Renseignements). A la question de savoir pourquoi monsieur Munyakazi ne lui donnait pas d’informations sur les journaux qui le critiquaient, lui et le pouvoir: « Si tu ne le fais pas, tu auras de sérieuses conséquences » menace Simbikangwa. Son chef lui demandera de ne pas tenir compte de cet avertissement.

Dans un troisième temps, le témoin va raconter à la cour une distribution d’armes que Simbikangwa aurait faite dans le quartier populaire de Nyamirambo à Kigali. Suite à l’exécution de voisins tutsi, se sentant menacé, monsieur Munyakazi a décidé de quitter le Rwanda pour Bukavu, au Zaïre, dès le 13 avril.

Le témoin aura ensuite à répondre à de nombreuses questions concernant l’entraînement des miliciens Interahamwe, la distribution des armes…

Prenant la parole en dernier, Pascal Simbikangwa va reprendre les thèmes qu’il développe depuis trois semaines:

– « Les témoins qui viennent de Kigali sont endoctrinés, ils jouent la comédie, se battent contre l’innocence. »

– « Je n’ai jamais eu aucune relation avec Kangura. »

– « Cet homme (le témoin), c’est la première fois que je le vois (asséné trois fois avec fermeté). Il a une façon bien rodée de reproduire ce qu’on lui a mis dans la tête pour me diaboliser. »

 

Audition de Michel Kagiraneza, aujourd’hui plombier à l’usine de thé de Rubaya.

Au début du génocide, monsieur Kagiraneza a 22 ans et se trouve en congés chez son parrain, le directeur de l’usine de thé de Rubaya. Il commence son audition par évoquer un souvenir précis. Alors qu’il se trouvait chez son parrain, il se souvient avoir vu arriver Pascal Simbikangwa. Il rapporte alors la conversation qu’il a entendue: Simbikangwa et son hôte parlent de la nécessité d’attaquer la colline de Kesho où se sont réfugiés près de 1500 Tutsi qui ont jusques-là résisté aux attaques des miliciens. Cette mise à mort sera mise en place le lendemain (à noter que Pascal Simbikangwa n’est pas jugé pour cet épisode, ce que nous avons regretté, sa participation n’ayant pas pu être prouvée vu les témoignages contradictoires). L’avocat du CPCR, Simon Foreman, ne se privera pas, d’ailleurs, de faire remarquer à Simbikanga qu’il a la chance d’avoir échappé à cette accusation.

Après sa déposition spontanée, le témoin va faire l’objet d’un tir nourri de questions. Le président et l’avocat général ne se privent pas de le mettre en face de ses déclarations contradictoires. Sans qu’on comprenne tout de suite pourquoi, il dit tout et son contraire, nie sa présence à Kabaya, lors du discours de Léon Mugesera, puis reconnaît qu’il y était, souligne celle de Simbikangwa puis l’infirme aussitôt. Tout le monde se demande pourquoi et comment un tel témoin a pu être cité! Ni la défense, ni les parties civiles ne semblent y trouver leur compte. « Vous n’êtes pas crédible, monsieur Kagiraneza », assène maître Epstein, pour la défense. Le témoin panique, reconnaît ses témoignages contradictoires. On comprendra finalement assez vite que le témoin, habitant près de l’école de Kibihekane, au coeur du fief Habyarimana, Zigiranyirazo et consorts a peur des représailles dont il risque de faire l’objet quand il retournera chez lui. Se pose clairement la question de la préparation des témoins et du risque qui existe de les mettre en danger. On est loin des thèses de Simbikangwa sur les témoins manipulés par le FPR! Quoique! Le témoin, malgré ses 42 ans, paraît jeune. Simbikangwa ne lui donne pas plus de 22 ans! Ce qui lui permet de dire que, le témoin ayant deux ans en 1994, c’est un enfant qu’on a formaté pour venir témoigner contre lui! Heureusement que le ridicule ne tue pas!

 

Suite donnée aux demandes de la défense de prendre connaissance d’un certain nombre de documents.

Le président ayant fait droit à la défense de lire des articles de Stefen Smith (qui ne peut venir à la barre), maître Epstein va nous infliger de longues minutes d’une lecture fastidieuse. L’avocat général a pris soin de qualifier  les écrits du journaliste de « sulfureux ». Il parle aussi d’une réaction « déloyale » de la défense de vouloir faire une telle lecture.. Et effectivement, pendant de longues, trop longues minutes, nous allons subir les écrits tendancieux d’un journaliste anti-FPR qui puise son inspiration chez  Péan, Guichaoua, Claudine Vidal et autres Ruzibiza. Ce dernier a été l’informateur du juge Bruguière dont les conclusions de l’ordonnance ont été plus que mises à mal par l’enquête du juge Trévidic. Il est aujourd’hui reconnu que Ruzibiza a écrit un tissu de mensonges pour plaire au juge et obtenir les papiers qu’on lui avait promis.

La tactique de la défense va provoquer la colère justifiée de maître Simon Foreman: » La défense veut toujours entraîner les témoins sur leurs liens avec le FPR! » Ca suffit. Simon Foreman finira par reconnaître, malicieusement, que cette lecture de plus d’une demi-heure nous aura toutefois évité de passer une demi-journée avec Stefen Smith. A toute chose malheur est bon. L’avocat général, s’adressant aux jurés, leur rappelle qu’ils auront à juger un homme, Pascal Simbikangwa, pour son rôle personnel dans le génocide des Tutsi, événement incontestable.

La défense va alors nous infliger une seconde punition: la lecture des dépositions de Pascal Simbikangwa lors de sa garde à vue à Mayotte. Là encore, irritation de l’accusation et des parties civiles. Quel est l’intérêt d’une telle lecture?  Pascal Simbikangwa, comme à son habitude, va vouloir prendre la parole pour dire une nouvelle fois qu’il a passé la majeure partie de son temps dans son fief de Gisenyi pendant les trois mois du génocide et qu’il n’est revenu à Kigali qu’une fois pour ravitailler la cinquantaine (sic) de Tutsi qu’il hébergeait dans sa maison de Kiyovu. Il sera indispensable, dans les jours qui viennent, de revenir avec précision sur son emploi du temps. On risque d’y retrouver un certain nombre d’incohérences.

Mais la journée n’est pas finie. Il reste à lire un dernier document: l’acte d’accusation envoyé par le Rwanda en mars 2008 à l’appui de la demande d’extradition, extradition qui sera rejetée par les magistrats français, comme ils le feront pour une quinzaine d’affaires: exception française! L’avocat général va rappeler aux jurés la chronologie des faits dans cette affaire Simbikangwa avant que maître Epstein ne nous inflige cette dernière lecture. Demande lui est faite de ne lire que des « morceaux choisis ». Bien évidemment, pour troubler les jurés, l’avocat de la défense ne lira que des parties de l’acte d’accusation qui n’ont pas été retenues par l’ordonnance de mise en accusation des juges d’instruction, l’OMA. Manipulation? La question peut se poser légitimement.

 

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 19 février 2014

Article d’origne sur le site du CPCR

Audition de monsieur Théophile Gakara.

Monsieur Gakara est un ancien major de la gendarmerie rwandaise. Il est actuellement enseignant au Centre Wallonie-Bruxelles, en Belgique. Après avoir quitté le Rwanda en 1994, il a fait un séjour d’abord au Zaïre, puis un autre encore plus long au Congo Brazzaville! Il est en Belgique depuis 2002.

Dès le début de son audition, monsieur Gakara avoue qu’il a très peu connu Pascal Simbikangwa, et ce au cours de l’année 1982. Après, il ne l’a plus jamais revu. Se pose alors la question de savoir quel intérêt il y a à entendre un tel témoin! Il nous apprend que pendant le génocide il n’a pas vraiment bougé de chez lui, qu’il pouvait passer les barrières assez facilement au début mais que c’était plus difficile vers la fin. Simbikangwa tenait-il des propos anti-tutsi  dans les années 80? « Le problème ne se posait pas à l’époque » affirme-t-il. « Pendant le génocide, le FPR a lancé 13 assauts sur le camp de Kaciru » poursuit-il. « Les milices? Je ne connais pas bien la définition des milices. Nous étions pris en tenaille… » « Les escadrons de la mort? L’expression a été importée d’Afrique du Sud. » Autant de réponses suffisamment vagues pour nous laisser croire que ce major n’avait pas beaucoup de poids dans la gendarmerie. Nous l’avons cru jusqu’à ce que l’avocat général lui pose la question:  » Mais vous faisiez partie du petit groupe qui, dans la nuit du 6 au 7 avril, et la nuit suivante, a participé à deux réunions aux côtés de Bagosora? ». Les choses s’éclairent. Celui que l’on prenait pour un simple major a exercé des responsabilités extrêmement importantes et décisives pour la suite des événements. D’où une certaine difficulté à se livrer vraiment. Peut-être aurait-on pu en savoir beaucoup plus? Mais l’avocat général l’a rassuré: » Ce n’est pas votre procès, monsieur Gakara! » On en restera là.

 

Audition de Sam Gody Nshimiyimana, journaliste, rédacteur en chef du Journal Kiberinka (Soleil couchant) en 1992.

Monsieur Nshimiyimana va raconter sa rencontre avec Simbikangwa et ses sbires un jour de janvier 1992. Pour avoir publié un article qui déplaisait à monsieur Simbikangwa et au régime, il va subir la torture, et de la part de Simbikangwa et de celle de ses acolytes. L’épreuve va durer quatre jours au cours desquels il va se faire  frapper sur les pieds après qu’on lui eut bandé les yeux d’un bandeau imprégné de piment. Simbikangwa en personne est accusé d’avoir frappé le témoin avec un fer à béton. Difficile de mettre en doute un tel témoignage. La seule parade pour Simbikangwa sera de dire qu’il n’est pas poursuivi pour des crimes de torture. Il a raison, mais ce témoignage permet d’éclairer une fois encore la personnalité complexe du prévenu qui n’a pas bronché pendant toute la durée de l’audition.

Monsieur  Nshimiyimana va alors être soumis à un flot de questions de la part du président. Ce dernier va mettre en exergue les contradictions que l’on peut trouver entre les réponses que le témoin a fournies aux enquêteurs français en 2010, les déclarations qu’il a faites aux journalistes de Reporters sans Frontières lors d’une interview du 22 août 1993 et celles données ce jour devant la cour. Il faut bien reconnaître des différences sensibles mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’exercices très différents et que près de dix-sept ans séparent les deux premiers événements. Monsieur  Nshimiyimana, avec fermeté et sang-froid, va tenter de se tirer des pièges qui lui sont tendus de tous côtés. Il finira par s’en tirer avec honneur malgré une dernière tentative des avocats de la défense de le déstabiliser.

Parole sera enfin donnée à monsieur Simbikangwa. Fidèle à sa ligne de conduite, il va accuser les associations de victimes, dont  Ibuka d’être plus puissantes que le gouvernement de Kigali lui-même, que les témoins du Rwanda ne peuvent que dire ce qu’on leur a dit de dire et que Sam Gody a essayé de manipuler la cour. On serait tenté d’en sourire s’il ne s’agissait pas de propos tenus devant une cour d’assises qui le juge pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité. Simbikangwa va reprendre son refrain de la veille concernant les Justes récompensés par les Juifs: le Rwanda pourrait bien s’en inspirer!  Lorsque Domitille Philippart, une des avocats du CPCR, lui demande si la date du 2 février lui dit quelque chose, il répond par la négative. « C’est la journée des Justes au Rwanda », précise-t-elle. « Ah bon! je ne savais pas. Ca fait 20 ans que je n’y ai pas mis les pieds. Mais est-ce que je suis sur la liste? »

Eclats de rire dans la salle. L’audience est suspendue jusqu’au lendemain.

président du CPCR

Procès Simbikangwa: 18 février 2014

Article d’origine sur le site du CPCR

Audition de monsieur Bigega, agent de l’Etat au SCR (Service Central de Renseignements)

Monsieur Bigega travaillait au SCR mais comme agent logisticien.Il a beaucoup travaillé en dehors de Kigali, dans les différentes préfectures. De ce fait, il a peu côtoyé Pascal Simbikangwa. Le témoin a cependant rappelé que monsieur Simbikangwa était « colérique », qu’il « prenait comme prétexte le fait d’être proche du président pour intimider les gens. » Il ne craignait personne d’autre que le président. Monsieur Bigega a continué: » Il montrait qu’il haïssait les Tutsi. » Lorsque la défense lui demande pourquoi il ne voulait pas venir à Paris pour témoigner: « J’avais peur, peur des opposants actuels de Kigali qui pouvaient me faire du mal. » Comme à son habitude, Pascal Simbikangwa conteste ce témoignage: » Ils viennent là pour la récitation. Ils ont appris à me calomnier, à calomnier le président. » Reprenant cette question de la peur des témoins, l’avocat général l’adresse à Simbikangwa. Ce dernier de répondre: » Les opposants? Vous pensez qu’ils peuvent tuer? En France, il n’y a pas de pression sur les témoins. Par contre, à Kigali, on fait pression sur les témoins car on ne veut pas la vérité, on ne veut pas reconnaître l’innocence. »  » L’ethnisme continue au Rwanda, les Hutu se trouvent en marge. ». Il termine en disant qu’il veut donner une leçon à Monsieur Gauthier: « Je voudrais que Monsieur apprenne l’histoire des Juifs à propos de laquelle on reconnaît des Justes! Alain Gauthier continue à faire la propagande du FPR pour que la réconciliation nationale soit impossible. » Tout le monde aura compris qu’il s’agit là d’un procès d’intention. C’est ainsi que se comporte Pascal Simbikangwa quand il est à court d’arguments.

Audition de Faustin Twagiramungu, politicien.

Monsieur Twagiramungu ayant volontairement confondu prétoire et tribune politique, nous avons décidé de ne pas rédiger de compte-rendu de son audition. La justice mérite mieux que ça.

NB. Monsieur Twagiramungu avait offert ses services à la défense!

Questions à monsieur Simbikangwa.

Monsieur le président, Olivier Leurent, va relire, en fin de journée, plusieurs témoignages qui mettent Simbikangwa en cause. Comme à son habitude, le prévenu conteste tout. Il ne connaît aucun des témoins qui sont pratiquement tous de sa commune d’origine, les traite de menteurs, parle du « langage diabolique » de l’un, qualifie les propos d’un autre « d’absurdes », parle de « délation, de terreur, de mensonges ». Rien de nouveau sous le soleil.

En fin d’audience, Pascal Simbikangwa dit qu’il connaissait Robert Kajuga, le président des Interahamwe: « Ce n’était ni un ami, ni un ennemi. » On s’en tiendra là pour aujourd’hui.

 

Le président, évoquant le planning de demain, annonce que Georges Ruggiu refuse de venir témoigner. Il voulait que ce soit à huis clos, ce qui n’est pas possible. Une nouvelle tentative pour le convaincre aura lieu dans les jours qui viennent.

Alain Gauthier, président du CPCR

lundi 17 février 2014 Procès de Pascal Simbikangwa, jour 11. Chronique d’une journée particulière

article d’origine

Troisième semaine du procès de l’ancien officier rwandais Pascal Simbikangwa pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité au palais de justice de Paris. Le premier rwandais jugé en France pour ces faits risque la perpétuité.

Chronique d’une journée particulière

« Un agent ordinaire »

L’image est saisissante : sur les écrans de la salle d’audience apparait le visage d’un génocidaire, sur un arrière-plan de drapeaux de l’ONU. Il est 9h30 et cette 3ème semaine de procès s’ouvre sur ce paradoxe. Le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, condamné pour génocide par le TPIR s’exprime en visioconférence, en toute liberté, depuis Arusha, en Tanzanie, grâce aux moyens techniques fournis…par le TPIR.

Condamné en première instance en 2008 à perpétuité, sa peine a été commuée à 15 ans de prison en 2011. Anatole Nsengiyumva a alors été remis en liberté en tenant compte du temps passé en détention préventive, mais aucun pays n’a jusqu’à présent souhaiter l’accueillir.

Il est auditionné  pour ses fonctions d’ancien responsable du Bureau G2 (Service de Renseignement Militaire) jusqu’en Juin 1993, où Pascal Simbikangwa a passé quatre mois.

Le lieutenant-colonel dédouane complètement l’accusé, « un agent ordinaire » au profil assez médiocre, au rôle subalterne. Il avait néanmoins entendu son nom associé à celui de tortures, « mais cela n’a jamais été confirmé ». Au reste, il affirme ne l’avoir pratiquement jamais rencontré.

Pourtant, c’est sous sa direction que le « petit agent » insignifiant Pascal Simbikangwa a obtenu le privilège d’une sécurité particulière avec deux gardes du corps.

Mais pour le statut singulier de l’accusé comme pour tout le reste des questions posées par les avocats des parties civiles, Me Emmanuel Daoud, avocat de la LDH et FIDH et Me Simon Foreman, avocat du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda, rien à faire.  L’Akazu, la formation des miliciens Interahamwe, des listes de Tutsi à éliminer; Anatole Nsengiyumva ne sait rien, n’a rien vu ou rien entendu.
Même pas la Radio Télévision des Mille Collines, ou si peu qu’ il n’y aurait investi son argent que modestement.

Exactement la même ligne que Pascal Simbikangwa. Si exactement que l’ audition suivante sera radicalement contradictoire.

« Une réputation redoutable »

Johan Swinnen, ambassadeur de Belgique au Rwanda de 1990 à 1994, témoigne donc lui aussi en visioconférence, mais depuis Bruxelles.

Il explique avoir connu Pascal Simbikangwa indirectement.

D’abord pour sa « réputation redoutable » de tortionnaire  dénoncée par des journalistes d’opposition venus lui en attester, cicatrices encore visibles. Johan Swinnen tente alors d’intercéder « avec l’ambassadeur américain, nous avons alors multiplié les démarches auprès de la présidence rwandaise pour que Pascal Simbikangwa soit écarté, en vain ».

Ensuite pour sa désignation comme co-responsable des massacres de Tutsi en1992 dans le Bugesera.

Enfin, via l’ ancien gouverneur de la Banque Nationale du Rwanda qui lui avait fourni une liste de potentiels génocidaires parmi lesquels figurait le nom de Pascal Simbikangwa.

Il est alors temps d’entendre Augustin Iyamurene (membre du PSD, parti d’opposition au régime) et chef du Service de Renseignement intérieur (SRI) à partir de Mai 1992;  autrement dit, le supérieur hierarchique de Pascal Simbikangwa.

« Un fanatique d’Habyarimana »

Augustin Iyamurene en a l’intuition « c’était bizarre, on ne comprenait pas son rôle../..il était militaire mais affecté à notre service qui était civil », puis tout de suite la certitude « j’avais eu des informations qui disaient qu’il n’était pas qu’un petit chef de division, qu’il avait des liens avec un réseau parallèle ».

A la barre, l’ancien chef du Service  du renseignement intérieur confirme ce qu’il a déjà dit pour d’autres procès au TPIR, « Pascal Simbikangwa se dévouait à détruire les journaux d’opposition ». La réputation de l’accusé, ses privilèges, ses allées et venues – « il outrepassait ses attributions »-, tout dérange Augustin Iyamurene.
Il insiste : « on a cherché tous les moyens légaux pour le faire muter, on n’a pas pu ». Augustin Iyamurene est formel, c’est la proximité de l’accusé  avec la présidence du régime qui explique cette invulnérabilité : « il était du CDR, un parti d’extrême-droite; pour Pascal Simbikangwa, Habyarimana était le Bon Dieu, il en était fanatique !  »

La défense de l’accusé s’étonne alors qu’ Augustin Iyamurene se fasse plus précis qu’il ne l’a jamais été lors des ces précédentes auditions ou dépositions, et beaucoup plus évasif  sur l’examen des photos (récentes) et des plans supposés des lieux dans lesquels l’accusé avait son bureau.

Me Fabrice Epstein est offensif, à la limite de l’intimidation même, lorsqu’il s’approche à moins d’un mètre de la barre, les yeux rivés sur l’ancien chef du SRI. Déstabilisé, Augustin Iyamurene ne finit plus ses phrases.
L’avocat de la défense ne saurait s’en contenter. Il insiste. Mais à mesure qu’il répète encore et encore les mêmes questions, son assurance s’affaiblit et il finit par paraître manquer de clairvoyance lorsqu’il bafouille, dans un moment suspendu, comme pour lui même, « visiblement, je suis le seul à ne pas comprendre.. ».

Interrogé à son tour, Pascal Simbikangwa répète ce qu’il dit depuis quinze jours : il est victime d’une manipulation du Front Patriotique Rwandais (FPR) qui cherche à tout prix des coupables alors qu’ « ils ont tous été déjà jugé ». Il s’indigne même, « Augustin Iyamurene m’a empêché de travailler à l’époque, j’étais sous-employé, et maintenant il vient mentir ».

Avant de conclure « tout ça, c’est de la comédie ».

Guillaume Grumbl Strunzk