6 mars PM : Progestetate PONZAGA : l’Interahamwe qui ne savait rien

« Je suis sans emploi, je suis prisonnier »
Condamné à perpétuité en gacaca en première instance, peine confirmée en appel, puis commuée en 30 ans de détention après révision de son procès, le témoin apparaît sur les écrans de visio-conférence, en tenue rose « réglementaire ».

Il commence sa déclaration spontanée.
Se déverse alors des hauts-parleurs un flot de paroles en Kyniarwanda, sans la moindre pause et au débit si rapide que l’interprète est obligé de lui couper la parole.
Le témoin demande à faire une déclaration préalable.

« Lorsque nous venons donner notre témoignage, nous n’aimons pas que nos identité soient révélées. On a entendu à la radio que Valérie BEMERIKI était venue témoigner…  j’ai déjà témoigné dans un procès et, quand ma famille m’a vu à la télévision, elle a été perturbée.Si vous me donnez la garantie que mon nom ne sera pas révélé, je pourrais vous dire ce que je sais sur SIMBIKANGWA.»

Le Président lui explique que la cour d’assises n’a aucun moyen pour intervenir, qu’il parle ici en public, face à Pascal SIMBIKANGWA… Imperturbable, le témoin reprend :
« Dernièrement, on m’a montré des documents d’Arusha (TPIR ndlr) indiquant que là bas, Arusha, les témoins touchaient des indemnités… »

Le président lui explique, une légère lassitude, dans le ton (l’échange dure déjà depuis plus de 15 minutes) :

« Monsieur l’interprète, veuillez lui indiquer qu’il n’y a pas d’anonymat aux assises en France ni d’indemnités de déplacement pour les témoins en visio-conférence.»

La déclaration spontanée ne nous apprend rien, mis à part peut-être que Pascal SIMBIKANGWA portait un médaillon à l’effigie du président HABYARIMANA, et que sa voiture adaptée aux handicapés lui avait été donnée par la Présidence (alors que l’accusé prétend l’avoir achetée avec les indemnités de l’assurance).

Lorsque le Président l’interroge sur les relations de l’accusé avec des Interahamwes, le témoin en appelle à dieu :
« Je suis chrétien, je ne vais pas dire des mensonges … je n’ai jamais vu Pascal SIMBIKANGWA distribuer des armes. Il n’était plus militaire depuis son accident. »

Pourtant, le témoin avait déclaré aux enquêteurs, en 2012 qu’il avait vu plusieurs fois SIMBIKANGWA en compagnie d’Interahamwes dans des cabarets. Mais aujourd’hui, il ignore tout, il « s’occupe de ses propres affaires ».

Progestetate PONZAGA finit par concéder que deux de ses amis s’étaient vantés d’avoir reçu un fusil UZI des mains de Pascal SIMBIKANGWA, deux ou trois jours après la chute de l’avion, mais son unique obsession aujourd’hui, ce sont les répercussions possibles de son intervention dans le procès SIMBIKANGWA :

« J’ai donné un témoignage sur une personne qui réside en Norvège et n’a pas encore été arrêtée. Un membre de sa famille, un militaire, s’en est pris à ma famille. »

Un témoignage qui aura au moins une vertu, celle de confirmer que les menaces de représailles pèsent sur ceux qui dénoncent des génocidaires et non l’inverse, comme la défense souhaiterait le faire croire.

Stéphanie Monsénégo