6 mars matin : Joël GASARASI : « SIMBIKANGWA avait le droit de vie et de mort » – la défense cite un témoin dans l’espoir de le décrédibiliser

Gardien d’une maison dans le quartier de Kyiovu, Joël GASARASI s’est trouvé projeté dans le génocide et contraint, bien que Tutsi, à tenir une barrière.
Diogène, son « protecteur » et voisin lui avait en effet recommandé de se fondre dans la masse pour moins se faire remarquer.

« Tu seras plus protégé à la barrière que si tu te cachais » lui aurait-il dit.

Joël GASARASI reste prudent dans son témoignage.

Certes, il a vu Pascal SIMBIKANGWA venir sur sa barrière, certes, il a découvert qu’après le passage de ce dernier, l’un des gardiens était entré en possession d’une arme.
Mais il précise que, puisqu’il restait toujours un peu en retrait pour se faire discret, il ne peut affirmer avoir vu directement la remise d’arme.

Et puis, par chance, il « travaillait » sur une barrière faible, une barrière secondaire comme l’avait expliqué un autre témoin : les tueries avaient lieu non loin de là, sur la barrière « des chinois », qu’il qualifie de « Golgotha »

Joël GASARASI livre toutefois d’intéressants éléments de contexte, en particulier sur la personnalité de l’accusé et la perception que les gardiens avaient de lui :
« Fais attention, il dispose du droit de vie et de mort, il travaillait au sein de l’escadron de la mort … tu te ballades devant lui, il va te tuer. »

Curieuse tactique de la part de la défense que de citer ce témoin modéré dans ses propos, cohérent et constant.

On comprend en fait que les avocats de Pascal SIMBIKANGWA, sur demande de leur client, avaient cru trouver une pépite, qui aurait pu constituer leur botte secrète : Joël GASARASI, était surnommé MUROKORE, « le racheté » -un terme couramment employé pour désigner les « reborn christians »- un nom que portait également un Interahamwe du quartier, qui sévissait justement sur la barrière des chinois.
S’ils avaient pu faire croire que ces deux MUROKORE n’étaient qu’un seul et même homme, ils auraient peut-être réussi à décrédibiliser l’intégralité des témoignages.

Une inspiration qui rappelle étrangement les méthodes du régime HABYARIMANA, lorsqu’au moment du multipartisme, des journaux fantoches étaient créés (par SIMBIKANGWA ?) pour décrédibiliser la presse d’opposition.

Le mot de la fin revient au témoin, à qui Aurélia DEVOS, pour le Parquet, rappelle qu’au moment de sa déposition , il avait exprimé des inquiétudes :

-       Cette peur, vous l’avez toujours ?
-       La peur est finie, c’est terminé, répond-il en souriant.

Stéphanie Monsénégo