4 mars : des témoins cuisinés, un accusé vautré dans son impunité

Alors que l’on aborde les derniers témoignages, la posture de Pascal SIMBIKANGWA se fait chaque jour plus outrancière, ses mensonges grossiers contrastant singulièrement avec le traitement minutieux dont font l’objet les témoignages.

Pascal GAHAMANYI, l’ainé de la fratrie de rescapés venus déposer à la barre, est resté chez l’accusé tout au long du génocide, alors que sa famille avait pu se disperser, le père rejoignant la Préfecture pour se cacher dans la gueule du loup, la mère et les deux frères étant exfiltrés de Kigali grâce aux efforts conjoints de Pascal SIMBIKANGWA et d’un autre voisin de Kiyovu.

Lui, apparemment, on ne pouvait pas le sortir si facilement.

« Il y avait une grosse différence de taille et de structure : je faisais plus Tutsi que mes frères… ».

Alors il reste chez Pascal SIMBIKANGWA, sous la menace permanente de ses gardes du corps, ceux-là mêmes qui ont débarqué chez lui, le 8 avril au matin, le plaquant au sol, le canon de leur fusil sur la tempe.

– Tu es chrétien ? Tu es chrétien ? lui hurlaient-ils, pour qu’il fasse ses dernières prières.

« Ils cherchaient mon père pour nous tuer tous ensemble : c’est ce qu’ils ont dit. Notre mère est arrivée, elle les a implorés de ne pas nous tuer. Ils demandaient de l’argent, nous n’en avions pas, alors ils ont emporté les trophées et les médailles de notre père».

Et puis Pascal SIMBIKANGWA, derrière sa clôture, a rappelé ses chiens de garde.

Les GAHAMANY ne sont pas des « infiltrés », mais de simples voisins, leurs enfants sont familiers des lieux, ils viennent depuis longtemps regarder la télévision chez lui… et surtout Joyeuse, la petite sœur de SIMBIKAGWA a un faible pour Pascal, l’ainé des frères GAHAMANYI.

Pascal restera dès lors « attaché » à son protecteur jusqu’à leur fuite à Goma, en juillet 1994.

Il raconte comment, chaque jour, il vivait dans la terreur :

« Quand je suis arrivé les gardes m’ont dit qu’ils m’avaient raté, que ce n’était qu’une question de temps, que je serai le suivant. J’étais terrorisé à chaque fois que je les voyais… Ils partaient tuer les gens pendant que Monsieur SIMBKANGWA faisait la sieste. Un jour ils sont revenus couverts de sang, ils m’ont dit : voilà le sang des Tutsi et c’est toi le prochain ».

Loin de rester dans sa chambre à écrire, comme il souhaiterait le faire croire à la cour, Pascal SIMBIKANGWA sortait tous les jours :

« Il partait comme quelqu’un qui allait au travail. Il rentrait à midi déjeuner puis repartait après la sieste ».

Depuis la fenêtre du salon, Pascal GAHAMaNYI voit des armes arriver dans la maison :

« J’ai vu des fusils d’assaut dans sa camionnette et des munitions, emballées dans des sacs plastique transparents. Il y en avait 40 ou 50, le bac arrière était bien rempli ». 

Il a vu également un fanion du MRND, le parti d’HABYARIMANA, dont la dérive extrémiste a conduit le pays au gouffre génocidaire.

On lui demande de décrire les couleurs de ce drapeau : « rouge, vert, noir » se souvient-il.

Faux, selon Pascal SIMBIKANGWA, qui prétend avec culot qu’il s’agissait du drapeau national et non de celui du MRND –que des multiples autres témoins ont pourtant vu chez lui- mais que de toutes façons, les deux avaient les mêmes couleurs.
Une énormité, aussi facile à vérifier que celle proférée sur les cartes d’identité…

 

drapeau du MRND
drapeau du MRND

 

Drapeau du Rwanda en 1994
Drapeau du Rwanda en 1994

Lorsque l’avocat général lui demande de décrire le drapeau national, il se rend compte qu’il est allé trop loin, et invoque un trou de mémoire… Un officier, dans un pays dictatorial, ne se souviendrait plus des couleurs de son pays ??

Pas plus de vergogne, non plus, lorsqu’il prétend n’avoir jamais vu de cadavres sur les routes au prétexte qu’il inclinait son siège pour soulager son dos… une manœuvre impossible dans un pick-up simple cabine, le siège passager étant adossé directement à la paroi du camion.

Mais peu importe, les menteurs, ce sont les témoins, tous manipulés par IBUKA (association de rescapés ndlr), tous corrompus par Alain GAUTHIER, le président du CPCR, « qui ne veulent pas la réconciliation nationale ».

Tandis que Pascal SIMBIKANGWA joue la carte de l’outrance, quand ce n’est pas celle de la logorrhée, du flots d’inepties destinées à noyer ses réponses, les témoins, eux, passent des heures debout à la barre, interrogés par la cour puis « cuisinés » par les avocats de la défense.
Ils ont parcouru des kilomètres pour se retrouver catapultés dans une salle d’audience, sommés de remuer des souvenirs épouvantables, mis en doute à chaque imprécision de leur témoignage, culpabilisés d’avoir eu « la chance » d’être vivants…

Pascal SIMBIKANGWA aimerait bien faire rire le public, il lui donne juste la nausée.

Stéphanie Monsénégo