13 mars – Plaidoirie de Me EPSTEIN pour la défense

Me EPSTEIN ouvre sa plaidoirie avec éloquence, s’adressant à la Cour en une introduction forte et claire :
« Pendant 6 semaines, vous avez essayé d’attraper le regard insaisissable de Pascal SIMBIKANGWA … pendant 6 semaines vous avez dû rester attentifs … cela sera difficile de juger en France un étranger pour des faits commis à l’étranger… la peine perpétuelle a été demandée par l’avocat général, moi, je vais vous demander de l’acquitter ».

Mais très vite, l’avocat, qui dénonce « un procès en sorcellerie fait à la défense », laquelle aurait été «accusée de négationnisme», ne peut s’empêcher de reprendre les antiennes de son client : « … alors qu’on sait pertinemment que c’est le FPR qui a abattu l’avion d’Habyarimana ».
A ce jour, nombreux sont ceux qui aimeraient avoir une idée aussi claire que lui sur ce sujet, à commencer, en France, par les familles des pilotes de l’avion.

La plaidoirie se poursuit sur une critique de « la dictature intellectuelle » qui aurait régné dans le Tribunal, comme une ombre portée de la « dictature de Kigali » à Paris.
Dans ces conditions, on se demande comment le procès aurait pu gagner à être délocalisé au Rwanda, comme il l’a pourtant réclamé la semaine dernière.

Me EPSTEIN, déplore que le procès n’ait permis ni débat ni controverse, que « tout ce qui se rapporte de près ou de loin à l’accusation est sacré ».

Imprégné de conspirationnisme, il accuse les experts de contexte de faire tous partie de la même équipe, celle de l’EHESS…
Pourtant, ni Philippe REYNTJENS, ni André GUICHAOUA, ni Jacques SEMELIN, ni tant d’autres encore ne font partie de cette vénérable institution.
Sur 15 témoins de contexte, seuls 3 d’entre eux en sont issus : un peu maigre pour constituer une équipe.

Puis il explique combien SIMBIKANGWA constitue un coupable idéal, « un vrai méchant, un homme de l’ombre … qui permettra à la cour d’assises de dire que c’est à Paris qu’a été condamné le premier responsable de génocide ».

Tentant de démontrer que son client n’était pas un dignitaire puissant, il égrène cependant malgré lui les indices qui prouvent le contraire : on a vu des ministres chez lui, il a été hospitalisé en Belgique, il a bénéficié d’avantages acquis (dont la voiture adaptée à son handicap)… mais rien de tout cela ne permettrait d’en déduire qu’il serait proche d’HABYARIMANA.

De même, alors que seuls les experts André GUICHAOUA et Filip REYNTJENS (qui ne font pas partie de l’EHESS ndlr) trouvent grâce à ses yeux, il se « tire une balle dans le pied », en prétendant que REYNTJENS aurait établi sa liste de membres d’escadrons de la mort sur la seule foi du témoignage d’Afrika JANVIER, menteur avéré. Etrange, quand on sait que le professeur belge a amplement démontré la rigueur méthodologique avec laquelle il a travaillé, s’appuyant bien entendu sur de nombreux témoignages concordants et fiables avant de dresser cette fameuse liste sur laquelle l’accusé figure en bonne place.

Menteur Georges RUGGIU, menteuse, Valérie BEMERIKI, … menteuses aussi, les traductions d’UMURAVA magazine ?

« On n’a que les traductions non contradictoires, qui ont été lues pendant une plaidoirie pour vous faire peur », dit-il aux jurés, omettant de mentionner que ces pièces avaient été versées au dossier en toute régularité et que son client avait tout loisir d’en contester la traduction s’il le souhaitait, puisque, ne l’oublions pas, M. SIMBIKANGWA est rwandais et parle donc couramment le Kinyarwanda…

Mais manifestement, on ne doit rien attendre des « sbires de Jean Pierre CHRETIEN », si ce n’est des mensonges.

Tous menteurs, tous manipulés : on se croirait dans un livre de Pierre PEAN.

Ce n’est qu’à l’issue d’une heure de plaidoirie que Me EPSTEIN se décide enfin à parler de son client :
« plutôt que de chercher à le connaître, on l’a déshumanisé … on a réussi l’exploit d’enlever sa dignité à un dignitaire ».
Lapsus ?
Pour quelqu’un qui s’est évertué à démontrer que son client n’était qu’un petit fonctionnaire, c’est plutôt mal venu.

Passons sur les projections personnelles de l’avocat, qui ne regardent que lui et son histoire familiale, pour aborder la question du « plan concerté ».
Me FOREMAN avait pourtant bien expliqué, lors de sa plaidoirie, qu’un « plan concerté » se déduit des faits eux-mêmes, comme l’a retenu le Parlement quand il a « toiletté » les lois sur le crime contre l’humanité en 2010, et qu’il n’y a nul besoin de retrouver les décrets ou documents exprimant l’intention génocidaire pour pouvoir le constater : il y a plan concerté quand les crimes ne sont pas isolés mais s’inscrivent dans le cadre d’un massacre systématisé.

Mais Me EPSTEIN veut dénoncer un procès d’exception, un procès stalinien :

« Dans ce dossier, ce qu’on a fait, c’est du para légal … vous ne ferez pas de SIMBIKANGWA un militaire, vous n’en ferez pas un dignitaire … c’est du ravaudage, du rapiéçage, du racolage ».

Il en appelle au doute raisonnable des jurés, à leur capacité à se rebeller, à refuser ce que l’Etat français voudrait les contraindre, par intérêt diplomatique, à voter, et que d’autres jurés seront selon lui contraints de voter lors des procès à venir, dénonçant une mafia au service de Kigali :
« C’est la même équipe, c’est le même pôle génocide, ce sont les mêmes parties civiles… l’actionnaire, c’est l’Etat français… et quand on est actionnaire majoritaire d’une société, il faut un retour sur investissement, il faut que le cours de l’action fluctue au plus haut… on vous demande une décision exemplaire, un arrêt qui soit une première pierre à la traque de génocidaires ».

Puis, enflammé par sa croisade « libertaire », il conclut :
« Ne vous laissez pas influencer par les magistrats professionnels … je vous demande de désobéir… dites NON ! »

Stéphanie Monsénégo