13 mars – Plaidoirie de Me BOURGEOT pour la défense

C’est à Maître Alexandra BOURGEOT qu’il revient la charge d’ouvrir la journée de plaidoiries de la défense.

Décrivant un « procès hors normes », elle admet le trouver si lourd qu’elle « n’arrive toujours pas à dire que c’est un procès de génocide ».
Pourtant, malgré la peine de perpétuité requise contre son client et la solennité qui sied à la « lourdeur » des enjeux,  elle ne se départira pas de l’ironie et la désinvolture qui ont fini par faire sa marque de fabrique tout au long de ces six semaines de procès.

Me BOURGEOT indique avoir « hérité » du dossier en 2011 avec Me EPSTEIN et avoue qu’à l’époque, elle et son confrère, commis d’office, ont eu droit, de la part de Pascal SIMBIKANGWA, «  à la litanie du FPR, des faux témoins et d’IBUKA », suscitant une certaine ironie de leur part vis à vis de leur client.
Et puis elle a fini par avoir « un déclic » lorsqu’ils ont été confrontés au témoins et qu’elle a lu l’ouvrage de Thierry CRUVELLIER (« le Tribunal des vaincus ndlr), un livre à charge contre le TPIR d’Arusha, dont les deux avocats nous ont d’ailleurs abondamment fait lecture durant les audiences.

Dès lors, Me BOURGEOT va alors asseoir sa démonstration sur une mise en cause de la légitimité même de ce procès, « une brillante construction de la procureure » (Aurélia DEVOS ndlr), qui ne serait toutefois « qu’un château de cartes ».

Première pierre de l’édifice,  le mandat d’arrêt, « bancale, vide, …rédigé à la hâte par Kigali quand on apprend que Pascal SIMBIKANGWA est à Mayotte ».
Pascal SIMBIKANGWA aurait été arrêté « sous un prétexte de faux papiers » uniquement pour pouvoir l’inculper de crimes contre l’humanité, ce qui serait « indigne de la justice française ».
Pourtant P. SIMBIKANGWA a bel et bien été l’auteur d’un trafic de faux papiers, pour lequel il a purgé une peine de 4 ans de prison, ce n’est donc pas un faux prétexte, et en outre, l’acte d’accusation -en réalité une demande d’extradition de Kigali datée de mai 2008- est antérieur à l’arrestation de Pascal SIMBIKANGWA, le 28 octobre 2008.
Pas de rédaction « à la hâte » donc, mais en revanche de petits arrangements avec la vérité de la part de la défense qui affaiblissent d’emblée sa posture de pourfendeuse du mensonge.

Puis Me BOURGEOT va passer en revue chaque témoin pour démonter la crédibilité de l’accusation,  le tout sur un ton primesautier, émaillé de bons mots : sur les produits du pillage que l’un d’entre eux a vu chez SIMBIKANGWA : « tout cet électroménager … c’est Darty chez SIMBIKANGWA », sur le tri à opérer dans les déclarations des témoins « le juste tri … c’est le titre d’une émission de télévision », sur les confusions de prénoms « comme dans un film (le diner de cons ndlr) , c’est Juste son nom ? »… tout cela serait presque « rigolo », selon ses propres termes, si l’on parlait d’un vol de scooter.

Les témoins, donc  « mentent comme des arracheurs de dents » et ne savent pas se repérer sur un plan.
Un simple effort de visualisation des croquis malhabilement dessinés par certains d’entre eux (ici) permet de comprendre qu’au contraire, leur capacité de repérage spatial était tout à fait exacte.

Me BOURGEOT explique que les témoins sont incités à produire de fausses déclarations à cause du régime de Kigali, « qui n’accepte pas les acquittements ».
Et quand bien même leur situation géographique et judiciaire leur permettrait d’échapper à ces pressions, ils mentent quand même : « il n’y a pas que la manipulation ou la pression politique, il y a aussi, chez beaucoup de témoins, la conviction que Pascal SIMBIKANGWA est coupable … alors, qu’importe un petit mensonge si ça peut aider à le faire condamner ».

Evoquant le témoignage de Valérie BEMERIKI, selon laquelle Pascal SIMBIKANGWA se trouvait à la barrière de Nyamirambo le 17 avril après la chute d’une bombe sur l’immeuble de la RTLM, elle se gausse : « comment papoter dans la rue alors qu’il y a des bombardements ? ».
Une simple carte de Kigali permet pourtant de comprendre que la RTLM n’était pas située à Nyamirambo et quelques recherches de plus lui auraient permis de faire la distinction entre les attaques du FPR à Kigali et le blitz de Londres en 1940/41.
Elle aurait pu aussi lire le témoignage de P. GAILLARD, du CICR, qui rend très bien compte de la situation à Kigali en avril 1994.

Bien sûr qu’on pouvait « papoter » dans la rue, on pouvait aussi y « travailler », et les Interahamwes en ont malheureusement fait la preuve…

La plaidoirie a donc été consacrée à démonter les témoignages un par un : tous sont passés au crible, tous sont laminés pour non-concordance dans leurs déclarations.

Pour des témoins supposés avoir été préparés par IBUKA ou créés de toutes pièces par le FPR, ce n’est effectivement pas très pro…

Me BOURGEOT ne requiert rien pour son client, elle n’en a d’ailleurs presque pas parlé, se contentant de clore sa plaidoirie comme elle l’a commencée, sur un château de cartes.

Stéphanie Monsénégo